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2. Écriture et services sexuels. Une villa étrange.

J’avais beau attribuer à mon ébriété les événements de la première nuit, le doute subsistait et je dormis très mal. J’attendais que renaissent les scènes d’accouplement qui s’étaient déroulées dans la chambre contiguë à la mienne, le soir de mon arrivée et fus déçue cette nuit-là et les suivantes. Pourtant, j’étais certaine que ce n’était ni mon ivresse ni mon imagination qui avaient été à l’œuvre…

Les journées me paraissaient longues et je venais difficilement à bout de toutes mes tâches. Tout devait être prêt dans les chambres et les salons et je devais petit à petit faire connaissance avec tout le personnel. A rencontrer ainsi le cuisinier, les deux femmes de chambres et le livreur, je mesurais la distance qui me séparait du monde du travail et cela même si j’étais supposée en faire partie…En outre, je redoutais de ne pas être à la hauteur du rôle d’animatrice qu’on me voulait me confier. Il m’était demandé de « faire vivre pleinement des lieux » mais cette tâche me paraissait abstraite…

Pour me rassurer, avant que n’arrive le premier contingent d’invités, je bâtis mon intrigue : Djamila, algérienne de vingt ans s’éprend de Jean et pense impossible cet amour. Jean pense le contraire mais nous sommes en 1954 et c’est la guerre.

J’établis ensuite trois parallèles, changeai les prénoms et événements mais gardai la même idée : la tentation de l’amour, le conflit, l’amour malgré la séparation. Ce devrait être littéraire et moral. Il fallait bannir l’outrance et privilégier le rapport à l’histoire. Chaque lecteur devrait, d’une manière ou une autre, trouver à s’identifier. Je travaillais d’arrache-pied des jours durant, ne lâchant pas mon sujet jusqu’à ce que je me trouve face à Matteo. Je ne l’avais que très peu vu depuis le premier jour. Très occupé par la réfection presque achevée de la piscine et le jardin, je ne faisais guère que l’apercevoir.