SAUTER

Au bord d'un escarpement rocheux, il ne vit qu'un grand vide où, se livrant à un incroyable saut, il se jeta.

Sa chute lui parut très lente. Il était heureux.

C'était la Nuit de l'envol. Il rebondirait forcément.

Et il semble bien qu'il l'ait fait car aucune trace de lui n'a jamais été retrouvée.

 Pourtant, un jeune homme blond qui lui ressemblait de façon frappante fut aperçu le lendemain à Cannes où, visitant les vieux quartiers de la ville, il cherchait une académie de danse au nom de fleur. Personne ne se soucia de lui, qui d'ailleurs, ne faisait que passer. Dans le même temps, ce même promeneur anonyme prenait des photos sur le port de Copenhague, achetait un billet pour un spectacle de Covent garden à Londres, se promenait le long des quais de la Seine un livre à la main ou roulait dans une décapotable rouge sur le Golden gate à San Francisco. A Brooklyn, il cherchait un cinéma qui passait des films américains des années cinquante et en même temps, dans la montagne, son sac à dos posé à terre, il parlait avec un ranger. L'instant d'après, il prenait une douche dans un hôtel du Var, ayant choisi une petite ville où l'agitation de la Côte n'arrivait pas. On le retrouvait à Cotignac auprès d'une femme bien plus âgée que lui, à qui il parlait avec déférence puis dans le lit d'un New-yorkais qu'il respectait. L'un et l'autre l'aimaient et il le savait.

Et pour finir, il se préparait dans une loge où bientôt on viendrait lui rappeler qu'il devait monter sur scène. Il était paré comme un prince et son corps entraîné se préparait à l'exception...Ce serait un triomphe ...

Il chutait lentement dans le vide avant de remonter brusquement pour gagner les étoiles. D'apparence, elles étaient effrayantes au départ puis de plus en plus belles...

Aucune raison d'avoir peur ni froid et toutes de sentir à quel point le bonheur était là...

France Elle

Janvier-février 2020.