SF 2

 

Pour reprendre Niels, l'écrivain Daniel Webster est prêt à tout. Violence et passion...

Niels ne parut pas convaincu mais il fut forcé de capitule. Il le fit graduellement. Chaque jour, l'un et l'autre passaient des heures dehors à errer dans cette ville splendide mais il arrivait toujours un moment où ils cherchaient l'intimité. Ce pouvait être l'appartement prêté ou tout autre lieu où il était possible de s'étreindre sans être dérangé. Et il le existait. Le sexe revint entre eux, très violemment, les faisant se jeter l'un contre l'autre, s'embrasser, se lécher, se caresser, se prendre. Dans l'appartement, Daniel évitait les lumières fortes pour créer une ambiance étrange. Il avait débarrassé un dressing qui lui servait de salle pour leurs ébats et il y entravait Niels avant de le conduire graduellement au plaisir. A l'extérieur, il laissait le jeune homme trouver des endroits isolés où il arrêtait sa voiture pour ouvrir les vêtements de son amant et prendre son membre en bouche. Si celui-ci préférait des caresses manuelles, il veillait bien à surveiller la montée de son plaisir pour être sûre d'avaler sa semence. Enfin, il laissait Webster le prendre debout contre un mur, à quatre pattes dans un terrain vague ou allongé sur le capot de la voiture.

Contrairement à ce qu'il avait dit, il ne rentrait pas chez lui, passant avec Daniel toutes ses journées et toutes ses nuits, regardant avec respect le membre raidi de celui-ci et attendant patiemment d'être pris de nouveau. Les deux derniers jours, ils ne sortirent plus. Il avait beau avoir changé, être admiré et affectivement sécurisé, il redevenait celui qui attend, se fait emplir et goûter avec joie le sperme de son amant, considérant que le faire est un honneur. Ils se possédaient l'un l'autre et devenaient indissociables ;et quoi que Niels voulut faire, c'est ainsi que tout devait finir...Le jeune homme ne comprenait même plus pourquoi il s'était tellement dérobé à celui pour qui il était fait.

-Il ne servait à rien de t'échapper ainsi.. .

-Non, à rien.

-Tu te souviens de ce que m'a dit après ce qui s'est passé chez ma sœur ? Tu as parlé d'envol...

-Oui, je me souviens...

-Tu as retrouvé la mémoire, en ce cas...

Au bout des dix jours, il était clair que Webster était parvenu à ses fins. Il avait capté toute l'énergie de celui qui s'était défendu de lui. Bientôt, il reviendrait en Californie pour le voir et Niels viendrait à son tour à New York. Le styliste appartenait déjà au passé et peut-être bien le corps de ballet. Quand il prit l'avion, Daniel se réjouit de tout. Niels reviendrait à New York.

Il comptait encore écrire deux romans où triompherait son ambigu détective mais il devrait quitter celui-ci. Pourquoi ne pas aller vers des écrits fantastiques où il placerait un danseur ? Comme elle l'avait fait auparavant, sa sœur participerait à son œuvre en l'illustrant. Et puis il y avait le cinéma, qu'il avait laissé de côté et de nouveau, il lui venait des envies. Niels près de lui, elles se concrétiseraient.

Voilà, une partie de Niels lui appartenait de nouveau. Restait à s'emparer de l'autre mais quoi ? Était-ce si impossible ?

Au fond, tout aurait pu fonctionner comme il le souhaitait mais peu après son départ, le danseur se sentit bouleversé et plein de doutes sur lui-même. Il avait l'intuition qu'il allait commettre une erreur. Il aurait eu un début de vie tourmenté, une carrière interrompue par une femme aussi invisible que calamiteuse et il allait vers un flamboyant nouveau départ...

Ce ne pouvait pas être ainsi. Tout son être refusait cette lecture. Bientôt, il reçut une lettre de France. Elle était signée Irène Diavelli. Et là, il sut.