SF 3

 

Daniel Webster est désormais reconnu comme romancier. Invité en Californie, il saisit l'occasion de revoir Niels, le danseur à qui il est étrangement lié...

Il reçut de l'université de Stanford une invitation à un séminaire d'écrivains, preuve que la singularité de son œuvre était prise au sérieux. Il ne serait pas, à proprement parler, à San Francisco mais Niels ne venant jamais à New York, il espérait le convaincre de se voir. Contrairement à ce qu'il pensait, le jeune homme qui était le plus souvent très volatile dans leurs échanges parut content.

-Stanford ! C'est à Palo Alto. Très bien, Daniel, magnifique. Tu te décides enfin à t'extirper de Brooklyn...

-Ce n'est totalement exact. Je me déplace pour défendre mon œuvre. J'étais en Floride récemment. Mais je ne suis jamais venu en Californie. Sur ma présence, quelle est ta position ?

-Que veux-tu dire par là ? Si je veux te voir, c'est ça ? Oui, si ce n'est que je travaille à San Francisco. Mais, c'est la Silicon valley, donc pas si loin que cela...Tu es logé par l'université, bien sûr...

-Bien sûr.

-Reste quand ton séminaire est fini. Ce sera plus simple pour se voir. C'est une ville superbe. Tu vas adorer.

La voix de Niels était ferme. Elle ne trahissait aucune émotion. Mais il disait oui, ce qu'il n'avait pas fait depuis des années. Du reste, il le tint au courant. Il s'était fait prêter un petit appartement à Nob hill, le quartier chic situé sur les hauteurs. Ceux qui y vivaient seraient à Paris aux dates où Daniel viendrait, ce qui était parfait. Qui étaient ces amis ? Webster n'en sut rien pas plus qu'il ne réussit à faire dire à Niels, qui serait très disponible pour l'accueillir, où se trouverait son compagnon, le styliste Justin Fincher, pendant cette période. Il fut assuré de faire beaucoup de sorties, d'aller à des spectacles et d'être ébloui. Pour le reste, Niels ne fut pas bavard.

Voyant s'approcher le moment de son départ, Daniel se reprit en main. Il perdit du poids, se remit à faire de l'exercice et fit une croix sur le whisky. Même si les photos de presse étaient flatteuses, il savait s'être laissé aller. Or, Niels rayonnait.

A Stanford, il s'efforça de tenir son rang. Il y avait beaucoup d'écrivains dont certains avaient une carrière bien plus prestigieuses que la sienne. Il ne fallait pas s'en laisser compter et se tenir sur ses postions. Il le fit. On lui trouva un esprit brillant.

Au volant d'une belle voiture rouge, Niels vint le chercher. Qu'il était changé ! Il avait désormais beaucoup d'assurance, celle qui est liée à la réussite. A Albany, il n'était qu'un jeune homme défait qui parlait encore l'anglais tel qu'on l'utilise en Angleterre, avec une pointe d'accent danois. Désormais, il parlait comme un Américain stylé tout en gardant une élégance très européenne. Sa beauté s'était affirmée même si elle restait un peu lunaire. Il n'avait pas commis l'impair de la mettre en avant comme garantie de son succès mais au contraire, il la contrôlait, gardant ses distances et aimant le silence. On devait le respecter d'être ainsi et le juger fascinant...