Réapprendre à vivre, par Véronique, 56 ans

Comment vivre ou plutôt survivre après le décès d'un conjoint : père de vos enfants, mari attentionné ? Mort prématurément (41 ans) et subitement, il nous a laissé : ses deux enfants âgés de 12 ans et 16 ans et sa femme, 43 ans, il y a de cela 12 ans. Je n'ai pas eu le temps les premiers mois de me rendre compte de l'énorme vide affectif tant il y a de paperasses à faire... Beaucoup de monde autour de vous et puis vous vous retrouvez seule et seuls. Les enfants veulent vous protéger et gardent en eux leur chagrin. C'est grâce à eux que j'ai continué : ils ne méritaient pas un tel cataclysme dans leur vie. Il a fallu réapprendre à vivre à 3 au lieu de 4 : sortir, aller en vacances, s'occuper de leur parcours scolaire. Nous sommes restés dans notre appartement deux ans sans rien toucher : nous voulions arrêter le temps au 21 juin 2001, cela nous semblait impossible de faire autrement. En même temps, je me rendais une fois par semaine chez une psychologue. J'avais et j'ai toujours d'ailleurs besoin d'en parler. Et puis j'ai voulu me rapprocher de ma famille dans le sud de la France et il a fallu déménager. Cela nous a demandé un gros effort : bienfaiteur pour moi ; beaucoup moins pour mes enfants... La blessure est toujours présente mais la douleur s'est apaisée. Les mots ne suffisent pas toujours à décrire l'injustice (pourquoi lui et nous ?), le manque de la présence et le son de sa voix, tous les moments importants de la vie (les baccalauréats des enfants, le permis ...) La vie est un combat.