mUR QUI TOMBE

Fritz, lui, était différent. Que des Allemands dans son pays se soient comportés avec une cruauté sans nom, ça le blessait et qu'on martyrise ainsi sa capitale, ça lui faisait mal au cœur. Quand il descendait la K Damm et qu'il contemplait ce qui restait de la cathédrale, il avait l'impression que ses pieds entraient dans le sol et il en allait de même quand il se rendait au Reichstadt et qu'il voyait le mur, juste derrière lui. La grande tour d'Alexander Platz le faisait frémir comme le Berliner ensemble, le théâtre de Bertold Brecht qui se trouvait du mauvais côté. Depuis longtemps déjà, il vivait dans l'idée que sa famille qui avait été nombreuse avait vécu un peu partout à Berlin et ceci depuis le dix-huitième siècle. Cela signifiait clairement qu'après la guerre, quand les hostilités est-ouest avaient dégénéré, il y avait de fortes chances qu'une partie des siens ait vécu là où désormais se dressait Berlin-est...On pouvait encore se voir bien sûr mais avec le Mur et le durcissement des règles à respecter, on n'avait plus pu le faire. Longtemps silencieux, Fritz, qui menait dans la capitale, la vie d'un célibataire endurci se défiant des femmes, s'était vers 1985, soudain réveillé. Bon, qui était à l'ouest ? Qui était à l'est ? Et on faisait comment maintenant ? A contrecœur, Annette d'abord puis Georg ensuite avaient fini par sortir des photos et dire des noms. Mon frère, sa femme, leurs enfants, leurs petits enfants, ton cousin, ta cousine...Des communistes notoires...S'ils avaient cherché à les voir ? Mais au début, oui et puis, ils avaient eu peur. Et elle ? Ta cousine Gudrun. Gudrun Pepper. Blonde aux yeux bleus. Jolie.