niagara

Quittant Chicago, il atterrit à Albany, dans l'état de New York où il répliqua sa mésaventure. Une nouvelle épouse, quatre ans de mariage dont deux d'agréables, une autre petite fille et un divorce pour faute. La première fois, il avait dû donner toutes ses économies pour éponger la séparation ; Cette fois, il se retrouvait endetté à vie, avec menace de prison s'il ne payait pas. Grace, qui ne portait pas bien son nom, ressemblait finalement à Joanna, et Graziella, sa seconde fille, à Lillie-Belle, la première. Filles de chipies vous êtes, filles de chipies vous resterez ! Cette fois, Daniel mit le cap sur la frontière canadienne. A Niagara Falls, on cherchait un chauffeur ayant des connaissances en mécanique. Il avait postulé. Arrivant en pleine saison, Daniel fut éblouie. Quel beau lieu et quelles chutes magnifiques ! On en avait plein les yeux. Bien sûr, Daniel fit face, trouva un logement, travailla et économisa mais il ne lui fallut pas si mois pour prendre une décision. A une vie anonyme et somme toute peu intéressante, devait répondre une mort passe partout. Là, c'était injuste ! Il n'y avait aucune corrélation entre le peu d'importance accordée à une vie humaine par sa famille ou la société et le fait de mourir dignement. Bien au contraire à une existence parsemée de difficultés, pouvait répondre une fin de vie inattendue car héroïque. On lui avait enseigné l'exemplarité quotidienne mais très vite, il s'était fâché avec elle. Avec une mort pareille, c'est une autre exemplarité qu'il rejoindrait : celle des floués qui voulaient être grands !

Aussi prit-il une grande décision : il se suiciderait en se jetant dans les chutes et ceci, de façon médiatique ! De quoi provoquer un séisme moral à Salt Lake City, tout au moins dans sa famille ! Pour ce faire, Daniel décida de ne rien laisser au hasard et pour être sûr de bien réussir dans son entreprise, il s'acheta trois livres d'occasion. Le premier était une étude très générale sur le suicide, qu présentait des perspectives historiques, psychologiques et sociologiques. A ce qu'il comprit, il existait des suicides domestiques cachés, de peu de valeur, et d'autres, spectaculaires, qui attiraient la lumière sur la victime et d'une certaine manière, lui conférait courage et ténacité. Il cocha de nombreuses pages de cet ouvrage, souligna je ne sais combien de paragraphes et en stabilota d'autres, qu'il jugea excellents. Le second était un manuel pratique du type Le Suicide pour les nuls. Il y trouva force mise en garde contre les dangers de l'impréparation ! Combien avaient avalé des comprimés en se trompant sur la dose mortelle pour avoir lu trop vite ! Combien s'étaient retrouvés par terre, contusionnés ou carrément estropiés, pour s'être pendu avec une corde peu solide ? Il arpenta donc le côté américain des chutes et observa avec soin tous les endroits d'où il pouvait sauter. Il devait être sûr de lui ! Enfin, le troisième livre était un petit guide touristique sur les chutes et Daniel y admira de très belles photos. Il comprit, à les contempler, que l'heure choisie était capitale car ce suicide devait être spectaculaire. Tôt le matin ou tard le soir, il perdrait son public...Il fixa donc un jour, une heure, un mois. Un trente août. Ce serait une journée radieuse où, tant canadiens qu'américains, les touristes déambuleraient satisfaits. A quinze heures une précises, Daniel, qui avait au préalable donné son préavis pour son logement, mis ses affaires en ordre et fait beaucoup de courrier, se dirigea vers le point névralgique des opérations.