PETIT CHIEN BLANC

Pèlerin retrouva la paix, ignorant les aventures et mésaventures de son tableau et surtout le sort de ceux qui en faisaient l’acquisition…

Un avocat à la retraite acheta le tableau et le mit dans son dressing. Ce n’était pas une œuvre majeure et, à bien regarder, le dessin n’en était pas toujours adroit. Le choix des couleurs, par contre, était surprenant. Les teintes pastel prédominaient alors que l’ambiance était à la guerre ! Voilà qui était inattendu. Divorcé depuis longtemps, Matthieu Dupont-Debailly entendait que soit tue à son entourage deux de ses plus intimes passions : détruire la paix familiale et assumer son amour pour les corps enfantins. Pour ce qui est de sa première passion, il n’avait eu que l‘embarras du choix pour l’assouvir puisqu’il gérait principalement des divorces. Quel bonheur ça avait été d’inciter mari et femme qui souhaitaient se séparer à se déchirer plus encore et ceci en toute impunité ! Divorçant, ils ne faisaient après tout, que défendre leurs droits en plus de leur honneur ! Ah, il l’avait vue la saloperie humaine et encouragée ! Au bout du compte, l’un criait victoire et l’autre était spolié ! L’imbécile. Il fallait le choisir lui, comme avocat, au lieu d’attendre !

Dans sa vie privée, Dupont-Debailly avait géré deux divorces avec des femmes qui étaient sacrément coriaces. Il s’en était bien tiré sans les démunir le moins du monde. Il avait des biens auxquels elles n’avaient pu toucher et s’en remettaient mal. Vivant confortablement l’une comme l’autre, ils savaient qu’elles lui gardaient rancœur et s’en amusait. Il en allait de même avec les enfants qu’il avait eus des deux lits. Ils attendaient après un gros héritage qu’il faudrait partager mais là encore, il les tenait, du moins son fils aîné, qu’il n’aimait pas. Il avait fait des donations à droite et à gauche….Il en ferait une tête cet insupportable François-Xavier, aussi fat que sa mère !

Quant à se deuxième passion, ce tableau l’évoquait à merveille. Il avait, caché dans un coffre, une série de films et de vidéos d’un genre spécial et surtout il avait des photos. Il les avait prises lui-même. De vrais enfants qu’on lui avait emmenés ; des petits garçons surtout. Ah, la bassesse humaine ! Il y en tant qui changent dès que l’argent paraît. Les enfants, il les photographiait avant et après. Ensuite, il ne pensait plus jamais à eux. Des plaintes, il aurait pu y en avoir puisqu’il n’allait pas toujours à l’étranger mais non, on n’avait jamais rien allégué contre lui. Il était malin et donc intouchable ; et puis, c’est bien connu, les petites victimes traumatisées n’ont pas de parole. Qui les croirait, de toute façon ?