SARA

Mon livre parut. Quelle émotion ! En voyant mes mots dans un livre relié, je fus touchée par ce que j’avais écrit. Me détachant enfin d’un travail dont je n’avais souvent perçu que les imperfections, je commençai d’en saisir la beauté. Plus que jamais, je pensais à Sara. Elle était enfant et dans la grande maison familiale, elle se comportait en garçon manqué. Elle était à la veille de sa mort et priait dans la chapelle. Comme me l’avait si souvent sœur Maria, elle pleurait des larmes de sang. Je fus bientôt ravie de faire la une du courrier des lecteurs dans les magazines chrétiens. Les remarques qui y étaient faites me rassuraient. Mes lecteurs avaient leur mot à dire et le faisaient. Selon eux, Sara était une sorte de paratonnerre qui pouvait émouvoir chacun. Qu’on soit riche ou pauvre, exilé ou bien dans son pays, sans réponse face à la pauvreté ou révolté par elle, elle savait nous parler. Voilà pourquoi pourquoi ils aimaient mon livre et la bouillonnante espagnole que je viens d'évoquer aussi ! Vint le temps où on me fit parler à la radio sur un thème qui d'abord me parut absurde : les saints et les terroristes. La question fondamentale était de savoir qui l’emporterait. Considérant Sara comme une héroïne, je hésitai pas un seul instant.On tuait des gens, en France, parce qu’ils allaient au spectacle, prenaient un verre à une terrasse de café ou avaient le malheur de vouloir faire leurs courses à la mauvaise heure et dans un mauvais lieu. Les média quadrillaient l’antenne et les ondes. La presse ne lançait plus que des messages pessimistes sur une prochaine dissolution de l’état. Face à ce désastre national, ma religieuse hongroise était pour moi une fragile figure de proue ; pour un nombre croissant, d’étudiants, de femmes au foyer, de travailleurs et de travailleuses, elle était l’image d’un miracle et ceci, quelles que fussent leurs origines et leurs confessions. On me suggéra tout de même d'en choisir une Française la prochaine fois et moi qui avait repris tout ce que j'avais écrit sur Gitta, Raoul et Paul reçut comme un avertissement...

Ce que je voulais, maintenant, c'était aller à Budapest et y rester. Sandor et Szilvia étaient formels. Je pouvais y enseigner le français ! Léonie qui outre le japonais parlait désormais bien le russe, m'y encouragea. Elle avait un doux ami très gentil, très loin de ces mauvaises rencontres à Tokyo. Quant à Nicholas, il allait se marier mais loin d'être jalouse, j'étais contente pour lui.

Ainsi donc, tout allait bien et mes aventures pouvaient se clore ? C'était compter sans l'ambivalence de ma nature car la villa provençale se mit à m'obséder et avec eux, ses habitants...Ne s'y passait-il donc plus rien ? Il faudrait que j'aille m'en assurer...