GITTA GITTA

Dans le livre qu'elle veut écrire sur les méfaits du nazisme en Hongrie, Agnès Donnelle, veut citer beaucoup de personnalités. Ce n'est pas du goût de Soeur Maria, qui la guide sur ce livre. Parler de Gitta Mallascz, par exemple, est maladroit...

-Ah ? Et Gitta Mallascz ? Elle est née dans une famille de la haute bourgeoisie austro-hongroise, proche du parti nationaliste pro-nazi, autoritaire et antisémite, dirigé par l’Amiral Horthy dont vous venez de parler. Douée pour le sport, les lettres et les arts, championne de natation, décoratrice renommée, parlant couramment six langues, elle a trente-sept ans quand les persécutions éclatent. Elle accepte sans hésitation de gérer le Foyer Katalin auquel le père Klinda était lié. Il ouvre ses portes en juin1944. Dans sa famille, tout le monde la désavoue mais elle insiste et fait en sorte que ses deux grandes amies juives, Hanna Dallos alors professeur de dessin et Lili Strausz qui enseignait l’expression corporelle fassent partie de l’équipe des «ouvrières ». Joseph Kreutzer, le mari de Lili, fait partie de l'aventure mais il sera arrêté et exécuté. Tandis qu'il est encore en vie, il transfère le foyer dans un petit village à la campagne pour fuit Budapest. Dans de longues discussions philosophiques, désespérés, ils passent de longues soirées à se poser des questions sur les erreurs que l’homme a pu commettre pour en arriver à de telles violences ; ils s’interrogent sur le devenir de l’humanité au cours d’entretiens intimes où leurs sensibilités exacerbées par l’angoisse leur font abandonner la logique pour l’intuition. Ils échangent ainsi d’étonnantes réflexions philosophiques qui les plongent dans une puissante expérience mystique commune.

-Nous y voilà, Agnès : Gitta entend la voix était d’un Messager qui est peut-être un Ange et elle répond désormais aux questions de ses amis sur les erreurs que l’homme avait pu commettre pour en arriver à une telle barbarie. Dans le même temps, elle définit le profil d’un monde nouveau. Gitta, pour ne rien perdre de cet étrange message noircit les cahiers d’écolier qu’elle va emporter plus tard avec elle dans sa fuite vers la France. Elle les traduit et les publie sous le titre des Dialogues avec l’Ange et ceux-ci eurent un immense succès. En 1944 cependant, nul ne savait que ce livre existerait et serait acclamé. Pour Gitta, gérer le Foyer Katalin était une priorité et ce ne fut pas facile dès le départ. Le père Klinda fit de son mieux pour l’aider mais Hitler avait mis un pur nazi au pouvoir en Hongrie. Je vous l'accorde, elle a sauvé des vies humaines et a déploré au moment de sa mort de n'avoir pas mieux fait ! Elle a été liée à Klinda qui est honoré à Yad Vashem et je comprends que vous l'admiriez. Cependant, en la présentant comme vous le faites, vous ne servez pas la cause de Sara ! Ne mettez pas en parallèle une religieuse et une femme du monde qui a eu des révélations...