papy NAZI

 

Ecrire un livre sur les résistants hongrois au nazisme est une lourde tâche d'autant qu'agnès Donnelle subit bien des influences. Au centre de son livre, doit rayonner Sara Salkahasy ! Soeur Maria, l'amie d'agnès, se montre très dirigiste...

-Sandor et Szilvia m'ont aidé et leurs enfants aussi et même Bogdan, le père de mon hôte ! Je me suis renseignée. Une biographie plaît d'autant plus qu'on y ajoute des notes vraies et c'est grâce aux confidences de ces Hongrois que j'ai pu le faire ! Le lecteur français découvrira ce que mangeaient les enfants à la sortie de l’école et ce qu'on mijotait dans la cuisine de la famille de Sara que la façon. Il saura comment elle aimait s’habiller et se coiffer avant d’être appelée à une vocation religieuse. Ce lecteur français, peu coutumier d’un pays dont il sait juste qu’il se situe à l’est de l’Europe et a été un temps communiste ne perdra pas pied dans un exposé historique précis car je fais de nombreux allers et retours entre l’histoire et le quotidien de millions de personnes. Sara faisait l’école et de petites élèves pauvres évoquaient son travail. Elle devenait modiste et un couturier célèbre en son temps à Budapest parlait de la haute couture. Dans un atelier de reliure, elle se livrait à un apprentissage ingrat tandis qu’à côté d’elle des ouvriers l’observaient pour ensuite livrer leurs impressions. Elle tenait un journal et des journalistes parlaient…L’idée était d’être au plus terre à terre, au plus anecdotique afin de créer une impression troublante de réalité !

-Oui, ça, c'est parfait ! Vous êtes très agréable à lire, Agnès, et très convaincante. Certainement celui qui vous publiera vous fera reprendre certains passages mais sous cet aspect, le texte est très viable ! Mais c'est le reste...

Je ne m'attendais vraiment pas à ce que cette sœur espagnole se comporte en critique littéraire et je continuai d'en être offusquée.

-Mais enfin, je ne vous comprends pas ! N'aimez-vous pas la seconde partie consacrée au sacrifice de Sara ? A Noël 1944, tandis que l’armée russe assiège Budapest, la police pro nazie arrête tous les Juifs présents dans la maison dont Sara est responsable. Elle est absente à ce moment-là et, se rendant compte du danger à l’approche de son couvent, elle ne fuit pas. Elle rejoint les fugitifs dont on a vérifié les papiers avant de les emmener. Elle pourrait les suivre d’emblée mais elle ne peut le faire sans prier un moment dans la chapelle. A peine agenouillée, les policiers l’ emmènent dehors. L’un d’eux propose de la tuer directement dans le jardin. C’est laisser trop de traces : non, il faut qu’elle suive. Le soir du 27 décembre, un certain nombre de Juifs sont conduits sur le bord du Danube, parmi lesquels figure aussi Sara. Elle s’agenouille, a le temps de faire le signe de la Croix et reçoit les balles ennemies. Les corps sont traînés dans le fleuve. Pendant ce temps, les autres Sœurs attendent le retour de Sara, leur Supérieure. On vient leur annoncer sa mort et toutes survivent.

- Vous vous en êtes bien tirée mais votre rôle s'arrête là !

-Pourquoi ? Sara ne sait pas qu’en 1967, au cours d’un procès, la fille d’une des victimes de ces exécutions sordides, parlera d’elle et de son rôle à Budapest entraînant ainsi un intérêt pour elle qui, humble comme elle l’était, l’aurait embarrassée. Reconnue comme « Juste parmi les nations » en 1969, son nom sera inscrit sur un des murs du Mémorial de Yad Vashem. Et ceci, avant sa béatification...

Cette fois, sœur Maria monta le ton et me laissa sidéré.

-Agnès, vous devez terminer sur ces lignes. C'est très bien ainsi ! Vous devrez retravailler votre texte et y adjoindre des photos . En Hongrie ou en France, une personnalité vous le préfacera et croyez-moi, vous aurez fait ce pour quoi vous avez été sollicitée. Vous n'êtes pas une théologienne et vous n'êtes pas non plus dans l'église si ce n'est comme fidèle. Pal Klinda enseignait à des jeunes filles juives et la discrimination dont elles ont fait l'objet avant même d'être exterminés l'a révolté. Il a voulu les aider. Il s'est débrouillé pour en faire engager un certain nombre dans une fabrique qu'il a fait placer sous la Protection de la Nonciature Apostolique par le Vatican, afin de lui assurer le statut d’extraterritorialité. Ces filles auraient été déportées...Tant que Horthy a été au pouvoir, il a pu les protéger mais ensuite non. Il a été exécuté.

-Et il n'y a pas de parallèle ?

-Il y en a un mais c'est un autre livre !