BUDA buda

2. Sœur Maria : une lectrice féroce.

Si le départ de Léonie me rendit un peu triste, je me sentis tout de même comblée. Les rapports que j'avais avec ma fille étaient désormais au beau fixe. De quoi pouvais-je me plaindre ? En bien meilleure santé physique et psychologique, je m'apprêtais à écouter les critiques que sœur Maria souhaitait me faire sur mon manuscrit et pour ce faire, j'allai la voir. Après un passage par la chapelle, nous nous retrouvâmes dans le petit salon où je lui avais parlé précédemment. L’œil vif dans un visage rond et serein, la religieuse entra d'emblée dans le vif de la conversation.

-Ah, Agnès, je suis heureuse de vous voir ainsi, si renouvelée ! Le passage de votre fille vous a beaucoup aidé à aller mieux et comme je vous l'avais dit, « ils » ne se sont pas manifestés malgré cet argent dont vous vous êtes délestés et ce manuscrit dont je vais vous entretenir. A propos, la fondation pour enfants malades dont je vous avais parlé ne vous sera jamais assez reconnaissante. Elle était sur le point de fermer ses portes et voilà que vous leur sauvez la mise ! Avouez que c'est très bien...

-Oui, ça l'est. Et mon texte ?

La sœur prit un air renfrogné et fronça les sourcils.

-Bon, alors voilà. Nous sommes bien d'accord, c'est un premier jet. Il est clair que vous vous êtes donnée à fond et que, n'étant pas native, vous avez bien compris l'écueil de l'ignorance. Pour éviter qu'on souligne votre faible connaissance de l'histoire de la Hongrie et de l'évolution de ses mentalités, vous avez beaucoup lu et vous êtes fait conseiller. Aucun reproche là-dessus. Mais...

-Quels reproches me faites-vous ?