DES CHAUSSURES

A Budapest, Agnès reçoit sa fille. Celle-ci souhaite voir au bord du Danube, un mémorial pour les victimes juives des persécutions...

Restaient une soirée dansante chez les Istvanfy, dans leur splendide palais, et une demande inattendue qu'elle me fit :

-Il y a un lieu que tu ne m'as pas montré et qui compte pour toi, n'est-ce pas ?

-Oui. Viens.

Je la conduisis au Mémorial du du Danube où elle vit ces étranges alignements de chaussures, plus marquants et parlants que ces photos terrifiantes de condamnés et de déportés. Elle était là où Sara avait suivi les suppliciés dans la mort et contemplait cet alignement de souliers qui, différents par la qualité de leur fabrication et le luxe ou la pauvreté des matières choisies, n’en témoignait pas moins de la même mort abjecte. Tout en dehors vibrait une ville merveilleusement touristique et là, soufflaient les flammes l’enfer. Un enfer banal. Qui se souvenait de ces gens ?

-Alors dans ton livre, tu as parlé de ce lieu !

-Oui.

-J'ai hâte qu'il soit publié.

-Moi aussi mais le sera-t'il ?

-Bien sûr, maman !

A l'aéroport, elle était un peu chagrinée.

-Tu salueras l'ange pour moi...

-Je le ferai.

Elle partit sans se retourner. Le mois de mai éclatait et je savais que j’aimais la Hongrie.