ART REVE

Agnès a radicalement changé de vie en venant en Hongrie. Sa fille l'interroge sur le livre qu'elle veut écrire. Une religieuse? Le Nazisme ? Les persécutions

-Et tu écris un livre pour…

-Je le fais pour dire qu’elle n’a pas accepté.

-Maman, ça n’a rien changé. Je me suis renseignée sur elle. Elle est tombée dans le Danube comme eux…

-Tu ne peux pas dire cela, Léonie. Elle a sauvé des vies et ces vies là en ont peut-être sauvé d’autres.

-Bon, alors, tu écris la vie d’une sainte, quoi.

-Tu peux le voir comme ça. C’est mieux.

-C’est mieux ? C'est génial tu veux dire !

Très émue, elle refoula difficilement ses larmes et me regarda avec flamme. J'aurais lui en dire plus mais pourquoi l'inquiéter ? Les jours filèrent et les découvertes se succédèrent. Cette ville lui plaisait beaucoup. Enjouée, drôle, je la sentais différente quand Péter apparaissait. Il la fascinait.

- Pourquoi est-il aussi beau ?

-Je ne sais pas ! Pose lui la question !

-Je l’ai fait et il a dit qu'il ne savait pas.

Quelle drôle de fille !

Paulina et lui nous invitèrent chez eux, dans leur lointain quartier, pour décorer des œufs de Pâques comme on en trouve en Europe de l'est et elle en fut très marquée.

-Dessiner sur une surface aussi fragile des formes géométriques simples ou ornés de volutes de plantes et de fleurs, je dois dire que ça a été une expérience inoubliable. Tu as vu, j'ai fait de son mieux pour avoir un trait juste et utiliser les couleurs mais en face de moi, il y avait ce jeune homme aux traits si réguliers qu’ils n’étaient pas réels. J’ai senti qu’il était plein de grâce et de hauteur comme on ne l’est jamais et j’en ai été émue. Il m’a dit de faire attention aux couleurs. La couleur rouge est souvent utilisée car elle symbolise le sang du Christ et pour les autres, elles ont toute une signification. Celles-là-mêmes qui étaient utilisées pour décorer les cloîtres de vos monastères et les piliers de vos chapiteaux romans !

-Il a raison.

-Qui est-il ? Il n’est pas comme ces jeunes hongrois que je croise dans la rue….

-Parce qu’ils sont à la mode et lui non.

-C’est un être humain ?

-Oui.

-Alors, il ne faut pas trop que je le voie car je tomberais amoureuse...

Elle vit aussi Milahy et Lörinc, les fils de Sandor mais ils ne lui firent pas le même effet, heureusement ! Lörinc, rencontré au superbe café New York, l'amusa beaucoup cependant. Il connaissait toutes sortes d’endroits à Budapest où Péter ne l’aurait jamais emmenée et elle lui en était reconnaissante. Le voyant comme un frère, elle pouvait glisser un bras sous le sien quand ils allaient en venaient, aller dans des soirées dansantes et fréquenter ces thermes pour elle extraordinaires puisque alimentés par des sources d’eaux chaudes, ils permettaient de se baigner par temps froid et en plein air sans prendre de risque. Ce n’était guère qu’une attirance passagère entre eux mais ils la vivaient, s’attiraient l’un l’autre et s’amusaient. Elle était jeune et je ne pouvais rien lui objecter puisque j’avais la certitude que rien ne lui arriverait pendant son séjour.

J'avais prévu de lui faire faire des visites pour lui montrer la Hongrie. Il fallut donc la faire sortir de Budapest, ce qui fut difficile. Elle adorait l’île Marguerite que les habitants de Budapest considèrent comme le « poumon » de la ville car elle est très verte. On y trouve un très bel hôtel, le Margit-sziget qui renvoie à la grande tradition hôtelière hongroise toujours nostalgique…J'avais prévu de la conduire à Eger et à Pecs, deux villes situées dans des régions éloignées les unes des autres mais elle fit tant et si bien que nous ne vîmes en fin de compte que Eger que nous trouvâmes superbe.