VIE AVANT

Dotée d’un esprit critique aiguisé, Léonie savait mettre en cause un interlocuteur trop affirmatif mais à Sandor, elle ne dit rien, certainement parce que sa fermeté la fascinait. Ne se contentant pas d’expliquer une ville par ses rites et ses fêtes, il lui indiqua comment se promener dans Budapest. Il fallait commencer par des promenades à pied dans le splendide quartier où était érigé le palais puis aller dans les rues commerçantes. La promenade de Raday utca avec tous ces cafés et la belle halle du marché central l’enthousiasmèrent comme le firent les cafés à la mode où je la conduisis. Elle était ravie.

Bien sûr, elle me parla de son père.

-Tu sais maman, il a été comme fou mais il va bien, très bien même. Il a envie de changer de vie. Il voudrait s'installer à Tours car à Bourges, il tourne en rond. Il est différent, plus ouvert...

-C'est bien alors !

-Ah oui, je trouve !

Je m’attendais à ce qu’elle ne se soucie pas de ce que je faisais à Budapest mais ce ne fut pas le cas.

-Tu es étonnante ! Tu vis avec des bonnes sœurs et tu es là à écrire un livre sur une religieuse qui a donné sa vie pour partager le sort de juifs persécutés. Cette Sara dont tu m’as brièvement parlé est morte il y a longtemps. Ça réveille quoi, maman, de parler d’elle ? Dis-le-moi !

-La haine du Mal, du totalitarisme, de la ségrégation, du meurtre gratuit. Le rejet de tout ce qui n’est pas la Lumière. Ils ont toujours eu le pouvoir d’humilier, d’enfermer, de torturer, de tuer. Mais face eux, les justes ont toujours été là.