ANGES SCULPT2ES

A son arrivée à Budapest, Léonie, la fille d'Agnès fait la connaissance des deux jeunes gens qui entourent sa mère. Est-elle sensible au fait qu'ils sont des anges

Nous nous rendîmes en ville où, dans un beau café, elle fit la connaissance de Péter et Paulina. La beauté irréelle du jeune homme l 'impressionna vivement et quand ils nous quittèrent, je la sentis nostalgique. Déjà sensible à la beauté de la ville, elle promettait de passer un beau séjour. Ne voulant pas la décontenancer en la faisant loger dans une maison de sœurs alors que je lui avais dit vivre dans un palais, j'avais trouvé un arrangement avec Sandor et Szilvia. Je disposais d'un élégant pied à terre sur l'île Marguerite, un de leurs amis me le prêtant...C'est de ce bel endroit que nous partîmes dès le lendemain à la conquête de la ville ! Peu de jours nous séparaient de Pâques et nous retrouvâmes mes amis hongrois pour les célébrations pascales. Elle qui était fort peu croyante fut mise à rude épreuve ! Après des années de malversation, le catholicisme avait repris beaucoup de vigueur en Hongrie, et toutes sortes de traditions magnifiques étaient revenues sur le devant de la scène. Qu’ils fussent pratiquants ou non, les Hongrois dans leur ensemble aimaient les rites pascals. En Hongrie, on observe le Grand Carême de Pâques. La viande est interdite pour les croyants pendant cette période et la veille du Mercredi des Cendres est appelé mardi de l'abandon de la viande. Le Samedi Saint, en Hongrie, les gens prennent des paniers remplis de denrées alimentaires comme les kalács qui sont des gâteaux de Pâques, les œufs rouges et le sel et se rendent à l'église, pour être bénis par le pasteur ou le prêtre. Cet aliment béni est consommé dans le dîner de Pâques après la fin des cérémonies de la résurrection. Un peu désarçonnée par la ferveur de nos hôtes, elle fut peu sensible aux célébrations religieuses mais émerveillée par le cadre dans lequel elle se déroulait. L’église Mattias était, il faut le souligner, d’une beauté merveilleuse. Intimidée par les manières aristocratiques d’un couple qui s’intéressait pourtant beaucoup à elle et lui posait de nombreuses questions sur le Japon, elle parut rassérénée quand Sandor lui expliqua avec précision les rites de la Semaine Sainte.

-Vous savez, Léonie, que dans chaque pays chrétien, les traditions sont différentes pour d’aussi grandes fêtes que Pâques ou la Pentecôte. Le dimanche des Rameaux, il est de coutume ici de bénir non seulement les branches qui seront utilisées pour la célébration, mais aussi les fleurs de saison. Aujourd'hui, les fleurs sont encore mentionnées dans les antiennes des psaumes. Et vous, en France, vous parlez du dimanche des Rameaux, nous nous parlons du dimanche des Fleurs. Je vous donnerai plus tard les noms que nous utilisons en hongrois. Ils sont très significatifs.

Il devait être étrange pour elle qui vivait désormais dans un pays d’Asie aussi lointain d’entendre un tel discours. Au Japon, la spiritualité était toujours présente à travers les temples et les jardins zen mais aussi dans la façon d’être des Japonais. Ce Hongrois à fière allure le savait-il ? Elle le pensait.

-L'aspersion est une coutume très populaire en Hongrie, célébrée le lundi de Pâques Ce jour-là, les garçons aspergent d'eau de parfum ou parfumée les filles de façon ludique. Jusqu'à il y a quelque temps, les jeunes hommes versaient des seaux d'eau sur les têtes des jeunes femmes. Maintenant il est plus fréquent pour les hommes de se servir de parfum en spray, ou d'eau de Cologne, et même de l'eau courante, puis ils demandent un baiser et un œuf rouge. Ce rituel est associé à la fécondité, à la guérison et aux rites de la purification.