litanies CHRIST

Soeur Maria, qu'Agnès découvre, présente à celle-ci l'héroïsme d'une soeur hongroise : Sara Salkahasy...

-Pour protester contre l’idéologie nazie, elle changea son premier nom de famille en celui de Salkaházy, à la sonorité plus hongroise. Et pour compléter le tableau, elle a composé une pièce de théâtre retraçant la vie de sainte Marguerite de Hongrie, qui venait d’être canonisée en 1943. Elle l’a fait représenter en mars 1944, le jour même où les troupes allemandes ont occupé la Hongrie et ont supprimé supprimaient toutes les activités religieuses du pays. En fait, elle avait promis d’être toujours prête à se sacrifier elle-même pour permettre aux autres sœurs de sortir indemnes de la guerre. On a conservé le texte de cette promesse.

-Vous l’avez lu ?

-Oui.

-Alors, vous aurez compris qu’elle était intrépide ! La Hongrie a été envahie et Horthy plus ou moins écarté. Le nouveau gouvernement s’est montré d’emblée très belliqueux et s’est rangé du côté des Allemands. Dès le début, Sœur Sara a critiqué l’idéologie nazie dans ses écrits et, quand les Allemands se sont installés plus fortement dans le pays et ont déporté massivement les Juifs vers les camps d’extermination, elle en a recueillis dans sa maison de la rue Bokréta à Budapest, dont elle était, à ce moment-là, la supérieure. Elle en a sauvé en tout une centaine. D’ailleurs, toute sa Congrégation a agi de même alors que c’était hautement dangereux. Alors, avec la permission de sa supérieure hiérarchique, en sa présence et celle d’une autre religieuse, Sœur Sara a prononcé l’acte d’offrande de sa vie. Elle y a demandé notamment que les sœurs de sa congrégation soient épargnées en échange de sa propre vie. Son vœu n’a tardé à être exaucé. Cela s’est réalisé un mois seulement avant la libération de la ville, alors que les Russes encerclaient déjà la cité. Le matin du 27 décembre 1944, elle a donné aux sœurs de sa maison une conférence sur le martyre. Le même jour, elle a été dénoncée par une ouvrière qu’elle avait recueillie dans sa maison! puis arrêtée. Des miliciens pro-nazis, les terrifiants des Croix-Fléchées l’ont emmenée jusqu’au Danube avec sa consœur et amie d’enfance, la catéchiste Vilma Bernovits, et quatre suspects qui étaient des juifs. Tous ont été alignés au bord du fleuve, contraints à se dévêtir complètement, puis par une même fusillade, ont été projetés dans les eaux glacées du fleuve, au pied du pont de la Liberté. Juste avant l’exécution, Sara s’est tournée vers ses bourreaux, a fait le signe de croix et a levé les yeux au ciel. Comme elle le souhaitait sœur, la communauté n’a pas connu d’autres victimes, ni de la part des nazis, ni du régime communiste qui a suivi.

-Sœur Salkahazi est reconnue en Israël par Yad Vashem comme "Juste des Nations", elle a son mémorial à Jérusalem depuis 1969. Quant à sœur Bernovits, elle est vénérée aussi parmi les ‘Justes’ depuis 2003.