meteoressssssssssssss

Agnès a fait la connaissance de Soeur Maria, une religieuse d'origine espagnole. Celle-ci lui parle du cheminement d'une soeur hongroise, Sara Salkahasy, et de l'engagement de celle-ci contre le nazisme...

Cette fois, elle eut un gentil rire.

-Ah bien sûr ! Vous savez, quand on veut vous mettre à l’épreuve ! On n’a pas été tendre avec moi mais attention, Vatican II est passé par là et je n’ai jamais été humiliée, en proie au doute comme elle. C’était des temps plus durs. Ses supérieures guettaient certainement et attendaient un tel doute. Dès qu’il est apparu, elles l’ont jugée indigne de renouveler ses vœux et lui ont interdit de porter l’habit pendant un an, la tenant éloignée de la maison-mère de Budapest. Elle a continué quand même à se considérer comme sœur dans le cœur, et à agir comme une religieuse. Elle écrit dans son journal intime : « Aimer, même lorsque c’est difficile, même lorsque mon cœur a des plaintes, quand je me sens rejetée ! Oui, c’est ce que Dieu veut ! J'essayerai ; Je veux commencer - même si je dois échouer - jusqu'à ce que je sois capable d’aimer. Le Seigneur Dieu me donne la grâce, et je dois travailler avec cette grâce. »

-C’est cruel. Beau mais cruel.

-Oui, peut-être. En tout cas, elle a dû faire preuve d’une heureuse patience ! Il lui a fallu tout de même attendre dix ans avant de pouvoir faire ses vœux perpétuels, à la Pentecôte de 1940. Elle a pris pour devise : « Alléluia ! Ecce ego. Mitte me » - « Me voici. Envoie-moi ! ». C’est dans Isaïe.

-Je sais qu’elle s’est occupée de soupes populaires, de maisons d’hébergement pour ouvrières isolées et d’une maison pour personnes âgées. Elle a visité des familles, organisé des cours pour ouvriers, donné des conférences et créée une revue catholique pour les femmes. En 1941 les évêques hongrois l’ont nommée directrice nationale du mouvement catholique hongrois des « Femmes actives », des ouvrières  si vous préférez. Vous savez que ce mouvement a pu avoir dix mille membres dans toute la Hongrie ! Naturellement, Sœur Sara a aussi édité le magazine du Mouvement.

ARBRE DE VIE

-Mais la guerre a éclaté, sans toucher d’abord directement la Hongrie, qui n’était pas envahie.

-Certainement mais elle était sensible à l’injustice. C’était une femme de tête et une intellectuelle. Elle lisait, s’informait beaucoup. Elle savait que depuis longtemps, le Régent faisait appliquer des quotas dans les universités et elle savait aussi qu’ils savaient les mettre en première ligne dans certaines circonstances. Engagés de force dans une bataille ou une autre où ils étaient souvent sans armes et donc décimés. En 1941, par exemple, le gouvernement hongrois a envoyé en Ukraine vingt mille juifs qui vivaient dans une partie de la Tchécoslovaque désormais rattachée à la Hongrie. Presque tous ont été assassinés et personne n’a réagi vraiment. Elle, qui ne cessait d’œuvrer pour son prochain, avait fait ouvrir en 1940 près du lac Balaton, le premier collège hongrois pour jeunes ouvrières et crée d’autres maisons pour les accueillir, ne pouvait qu’être horrifiée. Elle était profondément liée à Dieu et aimait l’action. Elle a réagi très vite…