PATRIOTE

La Hongrie se dote, dans les années vingt, d'un régent qui est nostalgique de l'empire d'Autriche-Hongrie...

-La situation du pays s’est donc améliorée ?

-Oui, elle s’est améliorée mais en mars 1920, il est devenu le régent d’un « royaume sans roi ». Voilà qui était étrange, n’est-ce pas !

-En effet. Toutefois, vous ayant déjà signalé la nostalgie que le Régent avait pour l’empire austro-hongrois, vous comprendrez qu’il n’a mis en place ni une démocratie, ni une monarchie parlementaire. Non, il a mis en place une oligarchie qui s’appuyait sur la grande propriété foncière et donc sur l’Église et l’aristocratie. Beaucoup en Hongrie étaient de façon légitimiste et prônaient le retour du roi…

-Tout a l’air d’aller mieux quand il n’y pas de partage des pouvoirs ou si peu…

-Vous voyez juste. Horthy pouvait dissoudre l’assemblée nationale mais comme il autorisait le multipartisme et la liberté de parole, il ne passait pas pour un monarque absolu ou pour sa variante, un dictateur. Les communistes n’étaient pas dupes et pour cause : il les avait interdits.

-Et le temps passe…

-Comme vous dites ! Bientôt, le Régent choisit son camp. Il veut, pour son pays, récupérer des territoires perdus et en ce sens, la Petite Entente, à savoir la France et la Grande Bretagne ne peuvent rien pour lui. L’autre camp, oui. Et il a raison !

-Quelles terres reviennent à la Hongrie ?

-En 1938 et en 1940, l’Axe, dont il s’est rapproché lui redonne des terres en Tchécoslovaquie et en Transylvanie. Pas un coup de feu n’est tiré. D’où vient ce tour de magie ? De l’Arbitrage de Vienne…Décidément à cette époque, les démocraties d’Europe de l’ouest ne font pas preuve de beaucoup de courage et cet Hitler est un vrai stratège. Il l’admire.

Il se tut et je sus alors que j’allais me rapprocher de Sara. Le silence dura plus que prévu et je le sentis perdu dans ses pensées. Assise dans un immense fauteuil de velours rouge, je pressai mes mains l’une contre l’autre avant de vérifier que ma jupe noire était bien lisse sur mes genoux et que ma veste cintrée taillée dans un beau lainage rouge sombre faisait son meilleur effet. Puis, je lisais mes cheveux et vérifiai qu’ils étaient ramassés sur ma nuque. Mon hôte finit par sortir de sa rêverie et posant sur moi un regard vif, il reprit la parole.

-Hitler ne donnait jamais rien pour rien. Il y a eu deux arbitrages de Vienne, l’un en 1938 et l’autre en 1940. Tous eux étaient orchestrés par l’Allemagne nazie. Le fait est que la Hongrie s’est agrandie. A partir de 1941, elle se rallie officiellement à l’Axe et alors que l’offensive allemande est déjà lancée contre l’URSS, la Hongrie l’attaque elle-aussi. Curieusement, Hitler en est surpris. Le Reich n’a pas fait de pression particulière sur la Hongrie pour qu’elle envoie ses jeunes soldats à Stalingrad. Ils partent pourtant…