VISAGES HORTHY

Qu'est-ce qui a pu conduire la Hongrie à accepter un régime nazi ? En parlant avec Bogdan, le père de Sandor Istvanfy, son hôte, Agnès essaie de le découvrir...

Mon interlocuteur resta un moment silencieux alors que Péter me lançait un regard sagace : il ne me croyait pas. Jamais je ne lui avais dit quoi que ce soit de ma vie en France et de l’épisode provençal mais il semblait lire en moi sans avoir besoin que je me confie beaucoup. Se tournant vers le vieil homme, il l’incita à poursuivre :

-Vous vous voulez donc que je parle des Croix fléchées ? Commençons alors. Ce Parti s’est constitué comme mouvement en prenant pour modèle le parti national-socialiste allemand. Vous êtes, sinon savante, du moins assez éclairée pour connaître les bases du nazisme. Eh bien, je ne vais pas vous surprendre en vous disant que la Hongrie avait, en 1935, subi des heurts et des malheurs et que beaucoup attendaient un homme providentiel capable de les sortir d’affaire. Vous devez vous représenter la défaite hongroise et l’état de mon pays après l’effondrement de l’empire austro-hongrois. Les clauses du traité du Trianon ont été désastreuses pour la Hongrie car elle s’est trouvée spoliée d’une partie de son territoire. Elle en a perdu les deux tiers ! Pouvez-vous imaginer la honte qu’ont ressentie bon nombre de Hongrois ? Miklos Horthy était issu de la petite noblesse. C’était un militaire. Il avait été, jeune homme, aide de camp de l’empereur François- Joseph et restait nostalgique de ce vaste empire. En 1920, une grande agitation régnait dans le pays. Il y avait bien une tentative de république sous l’égide du communiste Bela Kun mais celle-ci n’a tenu que trente- trois jours. Livré à la terreur rouge des communistes, le pays l’a bientôt été à la terreur blanche. Celle-ci était conduite par l’armée d’occupation ainsi que par l’aristocratie. Là, Horthy a senti le vent de l’histoire en sa faveur. Le seize novembre 1919, il est entré à Budapest avec son « armée nationale » et s’est posé comme l’homme fort du régime. L’archiduc Joseph-Auguste de Habsbourg-Lorraine venait de se proclamer Régent. Il était peu soutenu et Horthy l’a balayé.