COIFFE RRRR

A Paris, au club Alcyon qui regroupe des Hongrois, Gabor Milahy présente à Agnès, qui s'apprête à partir pour Budapest, le cheminement d'une religieuse avant la guerre.

-Sara a eu vingt ans en 1909…Non, ce n’était pas courant. Expliquez-moi pourquoi elle a fait cela.

-Il existait des lycées de riches et des instituts où les élèves ne venaient pas de milieux favorisés. Sara a travaillé dans l’un de ses instituts. Elle était proche des jeunes filles à qui elle faisait aimer la littérature hongroise. Ce que ces jeunes filles lui renvoyaient c’est qu’elles aimaient étudier mais souffraient de leur pauvreté. Leurs parents avaient du mal à joindre les deux bouts, les maternités étaient nombreuses et la protection sociale de l’individu très précaire. Il existait bien des organisations caritatives mais elles avaient peu d’impact et les gentilles élèves de Sara voyaient leur avenir en noir. Qu’en seraient-ils de leurs rêves d’études et de savoirs dans un contexte aussi dissuasif ?

-Et qu’a-t-elle fait ?

-Elle s’est rapprochée des Sœurs du Service social. Cette congrégation existe toujours et se montre très active aux États-Unis, au Canada ainsi qu’à Taïwan, à Mexico et aux Philippines. A l’époque, cette même congrégation, qui avait déjà des bases solides dans de nombreux pays, venait de naître naquit en en Hongrie avec des objectifs simples, très franciscains en somme : être au plus proche des pauvres, du dénuement, de l'abattement ; porter la dignité. On était en 1923.

-C’était donc là qu’il fallait qu’elle aille…

-Sans doute mais rien n’était simple pour Sara. Elle était devenue rédactrice en chef du journal chrétien pour lequel elle travaillait mais au lieu de rester dans une ligne très stricte, proche de l’idéal monastique, elle menait une vie de femme…Elle était éprise d’un homme avec qui elle pensait à se marier et vivre à sa guise. Elle s’habillait comme elle voulait et fumait comme un pompier. Toutefois, elle a fini par les convaincre…

-Les Sœurs ?

-Oui. Elle a prononcé ses vœux en 1930.

-Le fiancé ?

-Évacué…Façon de parler, bien sûr.

-J’ai lu qu’elle n’était pas vraiment sûre de sa foi quand elle était jeune journaliste mais qu’au fil des ans, elle l’a retrouvée. Quand elle a prononcé ses vœux, elle était changée !

-Certainement mais on l’a admise au couvent avec réticence. Elle avait vécu librement et n’était pas conforme à l’idée qu’on se faisait d’une religieuse. Il a fallu trouver quelque chose, alors, on lui a reproché de trop fumer ! Elle s’est amendée, se sevrant de tant plaisirs qu’on jugeait néfastes pour elle.

-Et ses vœux définitifs ?

-Elle les a faits en 1940.

-Dix ans après…Elle avait traversé la première guerre et se trouvait dans la tourmente de la seconde…

-Oui, mais tant d’autres ont fait comme elle sans avoir d’autres choix ! Bien sûr, elle a voulu partir, aller dans des contrées exotiques, le Brésil, la Chine …Mais on ne l’a pas jugée apte à un tel engagement. Après ses premiers vœux, c’est à Kassa puis à Komaron qu’on l’a affectée afin d’y organiser l’activité caritative. Elle, elle avait choisi ces paroles d’Isaïe : Me voici, envoie-moi. Vous trouverez cela au chapitre 6, verset 6 à 8. On l’a envoyée là où elle ne s’y attendait pas et elle a obéi.

-Je ne connais rien à la vocation religieuse…