mARTYRS HONGROIS

3. Alcyon club.

Sara Salkahazi était née à Kassa, en Slovaquie, en 1899 et comme moi, elle était née un onze mai. Y avait-il, en Hongrie, cet éclatement d’arbres fruitiers qui avait enchanté mon enfance ? Avait-elle admiré, elle-aussi les pommiers, les cerisiers et les poiriers, qui ne sont jamais aussi beaux qu’en cette saison ? Et si oui, avait-elle comme moi, voulu se précipiter vers eux pour recueillir dans mes mains, les beaux pétales roses ou blancs de leurs fleurs ?

Elle avait perdu Léopold Salkahazin, son père, à l’âge de deux ans et ne pouvait donc en avoir gardé de souvenirs. Il était un notable et possédait, à Kassa, l’hôtel Salkahaz, qui renvoyait à son patronyme. A sa mort, Sara était restée seule avec sa mère Klotild et un grand frère au prénom changeant au gré des notices que je lisais. Si personne ne savait que la mère pensait de sa fille, les pensées du jeune frère étaient claires : Sara était un garçon manqué. Intelligente, elle avait son propre système de pensées et était très volontaire ». Attendu que rien n’était dit sur lui, l’aîné, on pouvait en déduire que la personnalité de la petite fille l’avait dérangé…Il y avait peut –être de quoi ! La fille de Léopold et de Klotild avait dû suivre une bonne scolarité primaire et poursuivre son cursus au lycée…Elle avait passé un diplôme lui permettant d’enseigner à des élèves du secondaire mais ne s’était pas contentée de cela. Elle avait appris la reliure et fait un apprentissage de modiste. Le tout à vingt ans ! Si on ajoutait à cela qu’elle avait voulu faire du journalisme et participé au journal du parti national chrétien tchécoslovaque, dont elle était devenue, si je lisais bien ce qui était écrit, le fer de lance, il y avait de quoi être suffoquée ! D’autant qu’à cette époque, elle était plus tentée par l’athéisme que par le christianisme ! Mais qui était-elle donc, cette femme, pour avoir quitté ses images multiples et sans doute factices d’elle-même pour d’autres, plus profondes et tragiques. Elle avait voulu être religieuse sans que la communauté qu’elle avait choisie (ou qui l’avait choisie) ne se montre très enthousiaste. La guerre venant, elle avait fait « comme si » et c’est en tant que religieuse qu’elle avait sauvé une centaine de personnes – en fait, une centaine de juifs- avant de périr comme le faisaient les martyrs chrétiens dont ma douce mère chérie aimait évoquer les supplices. Avant d’en arriver là, elle avait, au cours d’une vie somme toute courte, multiplié les tentatives pour aider ceux qui souffraient d’injustice à rencontrer un monde meilleur…