OEIL

Agnès a reçu une somme importante qu'elle veut retourner à "ceux" de la villa provençale. Mais plus personne n'est joignable...

Il fallait trouver les autres. Jean-Marc Prudence et son amant anglais étaient retournés à Londres mais je ne parvins pas à les localiser. Madame Lohman résidait de nouveau à Genève avec ses deux fils et son mari retrouvé. C’était plus simple mais laissant des messages à une domestique sans cesse différente, je m’aperçus que je n’étais jamais rappelée. Cette belle Suissesse m’évitait-elle ? Il restait cette fille si maigre et les deux musiciens provençaux. D’Arlette, j’appris par un membre de sa famille qu’elle était hospitalisée, ses problèmes d’anorexie ayant connu une phase ascendante. Quant aux musiciens, l’un d’eux avait eu un grave accident de voiture dont il se remettait lentement et l’autre faisait une grave dépression. Les lettres que je leur adressais me revinrent.

Restaient Raféu et Mattéo. Je finis par apprendre que le premier venait de se marier et résidait à Aix en Provence, où, malgré mes nombreuses tentatives, je ne parvins pas à le joindre. Quant à l’autre, j’appris qu’il avait quitté la France pour l’Italie et pouvait se trouver à Rome mais aussi à Naples ou dans les îles. Capri peut-être…

C’était inextricable. Personne n’était là et ce chèque me restait entre les mains…Que devais-je faire ?

Je le laissai sur mon bureau deux mois durant puis compris soudain ce que je devais faire…

J’avais évolué dans cette villa comme une hétaïre ou une esclave perdue dans une maison pompéienne. Tantôt splendidement vêtue, tantôt nue, j’avais été possédée en deux mois par des dizaines d’hommes, alors que j’avais jusque-là mené une vie terne sur le plan sexuel et tiède dans le domaine de l’amour. Il y avait là des Mystères et l’on m’avait confrontée, sous couvert de libertinage, à d’extrêmes humiliations. C’était grave, fort grave surtout si des témoins se mettaient à parler, car ils s’en trouvent toujours pour dire du mal de vous…

Mais il se trouvait que ces témoignages étaient impossibles. Tout le monde était parti. Personne ne me répondait plus. Des allégations auraient pu être portées contre moi et me nuire si des êtres réels avaient voulu les tenir ; mais il semblait au contraire que plus personne ne se souciât de moi.