ROBE VERTE

Tout le monde se prépara pour un premier dîner servi à l’intérieur et pour la circonstance, je revêtis une robe noire découvrant tout juste les genoux et au sage décolleté arrondi. Je lâchai mes cheveux que j’avais jusque-là ramassé en arrière et chaussait des escarpins noirs à fin talons rouges. Pas de bijoux mais du parfum, du vrai, à forte dominante de santal. Est-ce que j'étais belle, je l’ignorais mais séduisante et souriante très certainement.

Servi dans une vaisselle luxueuse, le repas à dominante méditerranéenne faisait la part belle aux tomates, aux pâtes fraîches, aux aubergines et au pistou. Je ne me souvenais pas avoir jamais mangé une soupe froide aussi exquise ni des pâtes aux légumes aussi délicieuses. Les sorbets servis en dessert avaient des couleurs suaves et je fus surprise d’en goûter un à la figue et l’autre à la pistache. Du champagne avait été servi à l’apéritif avec des amuse-bouche exquis et un délicieux rosé de Provence accompagna le reste du repas. Comme on me l’avait demandé, je fis en sorte de porter un intérêt égal à chacun et les rendit bavards en leur annonçant le programme des excursions à faire ainsi que les fêtes organisées dans la villa. Plusieurs soirées musicales mettraient à l’honneur nos deux musiciens professionnels à la retraite et ils seraient alors rejoints par des musiciens se produisant en Provence au gré des festivals d’été. Un grand buffet serait organisé un soir près de la piscine pour nos plus jeunes invités qui recevraient alors la jeunesse dorée de Manosque et de ses environs. Enfin, un bal masqué réunirait les invités présents et ceux à venir et je lançai la discussion sur le meilleur thème à retenir. Tous furent passionnés par le sujet sans que nul ne tranchât. On penchait fort pour une reconstitution de la Provence des années romantiques et j’imaginai la belle villa servant de décor à une évocation gracieuse du Hussard sur le toit de mon cher Jean Giono. Il fut aussi question d’une fête plus proustienne où l’on serait habillé comme à l’aube du vingtième siècle. D’autres projets coururent, qui laissait libre cours à l’imagination de chacun ; ils ne furent pas retenus. L’idée d’un thème adopté par tous parut très séduisante et on s’y accrocha.

Au terme de cette excellente première soirée, on prit café et digestif au bord de la piscine dans laquelle seuls se jetèrent les deux adolescents. Tout le monde était content, même la pauvre Arlette dont la maigreur détonnait. Nous nous séparâmes tardivement et je m’effondrai dans ma chambre pour dormir d’un sommeil sans trêve.