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Agnès, qui s'apprête à jouer le rôle de maîtresse de maison dans une villa provençale où viendront beaucoup d'invités, rencontre Matteo, l'homme à tout faire de la propriété. Il la trouble.

Je travaillais d’arrache-pied des jours durant, ne lâchant pas mon sujet jusqu’à ce que je me trouve face à Matteo. Je ne l’avais que très peu vu depuis le premier jour. Très occupé par la réfection presque achevée de la piscine et le jardin, je ne faisais guère que l’apercevoir. Le voir donc s’avancer une après-midi dans un des petits salons où je m’étais réfugiée pour écrire, je me sentis sur mes gardes et en même temps contente de sa présence virile.

-Vous faites quoi ?

-J’essaie d'écrire un roman sur la guerre d’Algérie mais c’est très complexe…

-La guerre ou le roman ?

-Les deux. En fait, je crois qu’il y aura trois récits distincts et je…

-Vous comptez faire ça cet été ?

-Oui. Madame Larroque-Daubigny est très encourageante. Elle pense que je pourrai mener cette tâche à bien ici…

Il parut perplexe.

-Remarquez, oui, ça peut la concerner. A ce que j’ai compris, c’est une pied-noir. Sa famille avait des terres là-bas et des maisons à Oran, vous voyez le genre…

-Pas vraiment.

-D’accord, je suis clair : que vous écriviez sur l’Algérie à cette période-là, ça peut lui plaire sauf si votre « Jean » tombe amoureux d’une « Djamila ». C’était une Arabe quand même. Vous voyez ?

-Toujours pas.

-C’est ça ! Expliquez-lui en détail ce que vous écrivez et là, vous verrez…Oh et puis non ! De toute façon, dans quelques jours, vous n’aurez plus le temps de vous retourner ! Et aujourd’hui déjà, des ouvriers exécuteront quelques travaux à l’intérieur. Vous ne le saviez  pas…

-Je pensais que tout était terminé.

-Non, pas tout.

-Et vous serez là ? L’intérieur n’est pas votre domaine !

-Je m’y connais plutôt bien. Vous seriez surprise. Et de toute façon, il faut que je surveille ce qu’ils font…

Il m’avait paru très antipathique au départ mais je fus très surprise. Le revoir me rendait très heureuse. Lui, au contraire, paraissait embarrassé. Je l’observai et constatai que je l’avais rarement vu de si près. Petit et massif, il semblait se dresser sur ses ergots comme un petit coq et cette attitude naïvement orgueilleuse n’était pas si déplaisante. Sa tête chevelue était trop grosse pour son corps et le tout paraissait hybride. Malgré cela, je lui trouvai de beaux yeux noirs et brillants, mis en valeur par des sourcils épais qui se rejoignaient presque et une bouche aux lèvres gourmandes. Comme il me quittait en me saluant, il me vint à l’esprit que s’il n’était pas beau du tout, il était plus que sensuel, sexuel. J’en demeurai étrangement troublée et si je ne le revis pas de la journée, je l’entendis monter et descendre les escaliers, parler de manière directive aux ouvriers et passer des coups de fil. Quand tout le monde fut partie, je dînai seule et passai de nouveau une mauvaise nuit.