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On m’avait demandé de la rigueur et mon emploi du temps semblait précis. Je me jurais de me réveiller à l’heure mais j’eus si peu l’occasion de me reposer que je faillis être en retard. Me douchant et m’habillant en toute hâte, je me ruais dans le hall d’entrée où Matteo était supposé m’attendre. Il n’y était pas et je me dirigeai vers la cuisine où officiait un certain Raféu. Il avait le mérite d’être jeune et physiquement très charmant. Mince et musclé, il portait fièrement un pantalon noir et une chemise blanche.

-Ils vous ont dit que je travaillais ici ?

-Oui, bien sûr.

-Du café, vous en voulez ?

-Personne n’arrive aujourd’hui et je dois me servir moi-même.

-Ah, c’est vrai, vous avez lu ça dans le règlement ! Mais je me trouve là et ça ne me dérange pas.

-Vous êtes là et pas Matteo ?

Il travaille dehors. La maison n’est pas son territoire. C’est juste un Italien, lui, pas un natif. Moi, j’en suis un et j’ai des diplômes. J’ai déjà travaillé pour de grands restaurants. Je suis ici car ça paie très bien. Vous verrez quand il y aura du monde.

-C’était vous hier dans la chambre contiguë à la mienne ? Je ne vous juge pas. Vous êtes beau et votre amie devait être contente. En tout cas, vous aviez le plaisir bruyant…

Je me trompais si je pensais pouvoir l’amuser car il me battit froid.

-Je suis arrivé ce matin de Manosque. Qu’est-ce que je ferais ici avec mon amie ? Je ne comprends pas.

-Oh, allez…

-Qu’est- ce que croyez ? Ce n’est pas le genre ici et j'aurais des ennuis si je venais avec une personne extérieure. Et puis, on ne se connaît pas. C’est incroyable, vos allusions !

Je ne lui plaisais pas et le rendait suspicieux. Pour ne pas que l’incident dégénère, je me tus. J’avais tellement bu la veille que je m’étais sans doute méprise. Je n’étais que peu satisfaite sur le plan sexuel depuis pas mal de temps et j’étais, sinon une bonne psychologue, du moins une bonne lectrice ! Tous ces récits d’épouses en manque qu’ils aient été littéraires ou non, pouvaient me faire délirer. Affabuler était si simple ! Il n’y avait rien eu, juste rien. J’étais ivre.

Après m'être brièvement exprimé, je me tus. Il prit le café avec moi et nous partageâmes aussi du pain. Les confitures étaient maison et elles étaient excellentes. S’étant détendu, il partit en me souriant, comme si ce que j’avais dit était sans importance.