EN JAUNE

Je mis un peu de temps à trouver la villa et quand je l’eus repérée, j’attendis. Matteo, dont madame Larroque-Daubigny m’avait parlé, vint à ma rencontre, je sursautai. Pas très grand, hirsute, le regard malveillant, il me fit mauvaise impression. Face au portail dont il avait commandé l’ouverture, il ressemblait à un génie oriental.

-Bon voyage, madame ?

-Oui !

-Du travail vous attend.

-Je sais !

-Pour votre chambre, c’est changé. Elle est au ré de chaussée maintenant.

-C’est égal.

-Bien.

Je ne relevai pas et m’installai dans une chambre très vaste, tendue de rouge et de blanc. Elle disposait de deux fenêtres aux rideaux blancs, d’un grand lit recouvert d’une courtepointe rouge et d’un nécessaire de toilettes comme il en existait encore au début de notre siècle quand l’eau courante était impensable. Attenante à l’endroit où je dormais, il y avait bel et bien une ravissante salle de bain carrelée où je me plus à prendre un bain mais je restai sur l’image de ce grand broc de faïence et de cette bassine aussi teintés d’histoire pour moi que le crucifix flanqué d’un buis qui surplombait ma couche. Tout était paisible et le resta quand je dînai. Je trouvai mon dîner tout prêt dans la cuisine et mangeai en silence. Il y avait du pain aux olives pour accompagner du rôti de bœuf froid et une salade verte. La tarte aux abricots était faite depuis peu, sa pâte en étant encore tiède. On avait posé sur la table une bouteille de vin rouge. Je n’en buvais jamais beaucoup mais l’étrangeté de ma situation s’accompagnant d’un sentiment de libération intense, je me servis un verre puis un autre sans me rendre compte de mon état. Je pris la mesure de mon ébriété quand je m’avisai de regagner ma chambre et j’eus honte de moi. Voilà qu’ayant pris conscience de ma féminité comme j’avais je ne l’avais fait, je passai une soirée consternante ! Je retournai dans la salle de bain et fus violente avec moi-même : une douche froide, voilà ce que je méritais et s’il le fallait un café salé pour vomir ! Je n’eus pas besoin de cela, je m’endormis. Toutefois, mon sommeil fut troublé.