PLAISIR

Je mettais du vernis à ongles sur mes doigts de mains et de pieds et du parfum juste derrière mes oreilles depuis longtemps mais je ne sentais rien, rien avant. De tout cela, rien. Un corps est un corps, un véhicule, une apparence. Il y a du plaisir à un moment et un resserrement du bas. Quand il y a l’enfant, un élargissement. Mais malgré cela, il n’y a ni sentiment, ni sensation. Rien de vrai en tout cas.

Donnelle Agnès, née à Tours le 25 février 1966.

Enseignante. Agrégée de lettres modernes.

Séparée.

Une fille mineure.

Ne sent rien. N’aime pas.

Dans un hôtel chic à Nice, en route pour Manosque, se met à ressentir. Elle aimerait qu’on lui dise quoi mais elle sait qu’elle ment quand elle le dit.

Je mens.

Je pris un bain qui ne finit jamais avant d’aller dîner seule dans un endroit à la mode. Il m’avait été indiqué comme le reste et je me contentai de régler une addition pour moi conséquente mais minime au vu de mes émoluments. Personne ne me trouva belle et j’en fus désappointée. Peut-être était-ce Nice…La nuit toutefois fut agitée. Extrêmement excitée, j'hésitai à sortir de nouveau pour racoler un homme mais j'eus peur d'un revers. Je devais respecter scrupuleusement les consignes de madame Larroque-Daubigny. Je me caressai donc seule et longtemps, utilisant une brosse à cheveux, un séchoir, une bougie, tout ce qui pouvait me servir à jouir plus fort. Je fus surprise de recommencer encore et encore et regrettai de ne pouvoir être vraiment pénétrée.

Le lendemain, quand je pris la voiture de location en main, je me sentis heureuse. Manosque n’avait certes plus grand-chose à voir avec le magnifique roman de Giono et je ne risquais d’y croiser ni Angelo Pardi, le jeune et beau colonel des hussards, ni la non moins belle Pauline, dont il s’éprend mais c’était la turbulence du sud et ses accents de lumière et pour moi qui ne connaissais de la Provence qu’une ou deux semaines de vacances entre amis, quelques beaux films et une littérature restreinte, c’était extraordinaire. J’étais une femme de la pluie, des hivers longs et des paysages sages. Je pressentais le tourment, celui qui se fige à jamais dans le ravage des Baux de Provence et l’autre, celui des tournesols et des montagnes qui repoussent l’humanité souffrante, celle de Van Gogh plus que celle de Cézanne. Par exemple…