BUR ESPION

 

Quand j'en suis de nouveau parti, on a jugé que mon départ était une perte sérieuse ! Les frontières de mon pays étaient stratégiquement intactes et politiquement poreuses, j'étais bien placé pour le savoir, je donnerais pour preuve que personne ne comprenait ce que je faisais. Ça a continué en 1945, quand j'ai travaillé pour le Ministère des Affaires étrangères où j'ai eu accès à tout un matériel secret. Selon un de mes imbéciles de collègues, j'avais vu presque tout le matériel produit par le ministère des Affaires étrangères, y compris les communications télégraphiques à la fois décodées et codées, avec des clés de décryptage, ce qui aurait été précieux pour ses gestionnaires soviétiques. Quel naïf ! J'ai continué encore : on m'a fait espionné pour une future guerre avec l'Union sovétique, envoyé en Chine pour savoir ce que donnait cette révolution, pressé, présuré. Au fond, tout devenait flou. J'avais une vie personnelle erratique, mon amour pour les jeunes gens m'entraînant à des folies. J'avais défié les frontières terrestres et continué de le faire mais d'autres m'enserraient. Nous sommes tous si contingents ! En 1948, on m'a nommé à Washington. J'ai continué. Je ne laissais rien dans mon sillage. Enfin si, parce que j'avais fait fait une mauvaise chute à Londres quelques années auparavant, suite à un accident de voiture . Mes détracteurs m'avaient toujours trouvé un visage un peu veule alors que mes supporters le trouvaient agréable mais il s'est comme déconstruit. J'ai commis toutes sortes d'impairs, de ceux que les Américains n'aiment pas, excès de vitesse, état d'ébriété en public, fréquentation de bars spécifiques. Je n'ai plus eu de supporters d'autant que dans mon travail, je décevais.

En 1951, je suis rentrée à Londres et ai rencontré Yuri Modin, le maître de l'espionnage soviétique. Donald Maclean et moi étions sur la touche, il fallait nous exfiltrer. Un 26 mai, j'ai disparu. J'informais toujours ma mère de mes déplacements, mais là, non. Maclean est parti aussi. Philby, non. C'était fini.