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Jacques

 

La défaite de la France, Jacques, ça lui a serré le cœur. Ce n'est pas qu'il se considère comme un grand patriote, mais tout de même, que son pays soit envahi comme ça, que l'armée ait été en déroute, ça l'a attristé. Enfin, c'est ce qu'il appliqué à dire alors qu'au fond, il a eu honte ; oui, honte. Parce qu'une bataille aux frontières, ça l'aurait moins choqué, lui, le Breton du Morbihan, qui aime la mer gris-bleu, sa violence et ses bruits. On peut arrêter un débarquement ou stabiliser un front avant de l'enfoncer et on garde la tête haute, pas vrai ? Là, rien de tel. L'armée est défaite, le pays est défait. Il a fallu fuir avant de devoir renoncer à le faire et il faut accepter l'ordre ennemi. Peut-être qu'à Missiriac, c'est différent. On baisse bien le nez parce qu'on a perdu et des Allemands, on est bien obligés d'en voir, mais ce n'est pas une bien grande ville, pour ça, il faut aller à Vannes. Et puis, la campagne est proche et c'est moins dur. Et puis, foi de Breton, on n'a pas tout compris. Ça finirait comme ça, dans une telle déconfiture ? Ah non. Jacques sait combien sa terre est forte et vindicative. Allez, il y en a qui se lèveront...On ne va en rester aux paroles de ce vieux monsieur...Il y a un million et demi de soldats prisonniers, oui, et six millions de personnes qui courent dans tous les sens, oui mais tout de même...

 

17 juin 1940. Un vieux militaire à la voix chevrotante déclare à la radio qu'il a le cœur serré mais qu'il faut dès maintenant cesser le combat. Il dit aussi qu'il fait don de sa personne à la France et qu'il la servira en négociant...Négocier, est-le mot ? Jacques sait bien que non.

Sait-il que dans ce même Bordeaux où le gouvernement s'est réfugié, un général qui n'accepte pas cette décision est parti pour Londres dans un petit avion et dès le lendemain, il parlera ? S'il ne le sait pas, Jacques, qui le sait ?