GRAND F

Les années avaient passé et je m'étais rendu à Londres où je devais passer trois ans. J'y travaillais pour Porpora au Lincoln Fields Inn mais aussi pour Haendel au King's theatre. On vanta beaucoup ma voix à la fois puissante et pleine de charmes et je gagnais des sommes folles. Mes cachets cumulés me rendirent riche de 5000 livres sterling, somme énorme pour l'époque. J'étais au fait de ma gloire mais les deux troupes se livraient sans cesse querelle et ces rivalités m'épuisaient. Malgré le pont d'or du Prince de Galles ; je partis. La reine Isabelle, épouse de Philippe v d'Espagne m'invitait à Madrid. Je m'y rendis et régalai lors de mon passage en France les oreilles du roi Louis XV. Je ne chantais plus guère que vous ravir ses majestés et ceci vingt durant mais plus tard, je me remis à voyager et comme j'avais retrouvé l'Italie, j'y vécus des moments exquis. On m'enterra à Bologne. Malheureusement, le palais où je vivais a disparu et toutes les œuvres d'art dont j'avais fait l’acquisition ont été dispersées par mes héritiers chicaneurs. Je n'ai pas écrit mes Mémoires et à un ami qui me demandait pourquoi, j'ai répondu : « À quoi bon ? Il me suffit qu'on sache que je n'ai porté préjudice à personne. Qu'on y ajoute aussi mon regret de n'avoir pu faire tout le bien que j'aurais souhaité.

Cultivé et raffiné (je parlais quatre langues étrangères), j'avais une voix de soprano pénétrante, pleine, riche et bien modulée. J'étais capable de marier tous les airs mais le faisait avec élégance et curiosité. J'étais un personnage à part et fut adulé par le peuple jusqu'au bout mais les membres de la Régence furent si hautains avec moi en 1761 que leur mépris m'écarta d'eux. Je vécus seul et richement et peu à peu on m'oublia. Je mentirais en affirmant ne pas avoir souffert. Dans mon palais merveilleux, j'accumulais les œuvres d'art et fis l'acquisition de nombreux clavecins. Je restais au centre d'un monde et d'une musique qui n'existaient peut-être plus que pour moi...Puis je mourus. On dispersa tout ce qui était à moi. Puis peu à peu, on se souvint...Les voix de haute-contre...Ah presque comme nous les castrats ! J'ai dit presque...