FARI FARI

De fait, de 1722 à 1733, on a pu m'entendre à Vienne, à Venise, à Naples, à Bologne, à Parme, à Turin et à Munich. J'adorais voyager et affronter des rôles difficiles. On m'attribuait des rôles féminins ou masculins mais c'était ce à quoi j'étais formé ! Je crois qu'il est difficile aujourd'hui d'imaginer le succès que je rencontrais. Le public de l'époque adorait la virtuosité, qui pour les chanteurs consistait en l'exécution de variations arbitraires sur des passages d'œuvres chantées, dans lesquelles les difficultés techniques extrêmes l'emportaient sur la pure expression musicale. On encensait le chanteur qu'on couvrait de cadeaux et de fleurs et on le faisait participer à des délices privés...

J'étais un être hybride et si quelque Dieu de l'Olympe s'était glissé en moi pour me donner cette voix bouleversante, je sentais aussi que parfois, on se gaussait. Enfin, pourquoi existe-t' il celui là ? Ces grands seigneurs et ces dignitaires de l’Église ont parfois des goûts douteux...Je ne lisais jamais sans un certain malaise des récits de métamorphoses et ceux qui retenaient mon attention présentaient des transformations invraisemblables certes mais pour moi plus vivables parfois...Puisque j'étais oiseau, mon corps n'aurait-il pas pu devenir celui d'un cygne ? Puisque j'étais un homme à demi, n'aurais-je pu devenir une de ces belles mortelles que Zeus convoite ?