CARLO F

A l'école, je ne soufflais gère durant les six années de formation que j'y reçus. Chant d'exécution difficile, littérature ; chant devant le miroir pour apprendre la parcimonie des gestes, théorie musicale, étude des livrets qui formeraient notre répertoire, exercices de respiration pour développer la poitrine et les poumons et parvenir à une amplitude exceptionnelle...

A quinze ans j'ai débuté. C'était à Naples et je devais chanter pour l'impératrice d'Autriche. J'ai chanté Porpora en compagnie de Marianna Bulgarelli, qui était une des sopranos féminines les plus célèbres de son temps. Ce soir là, j'ai eu un succès fou. Ma voix envoûtait. J'ai eu aussi une chance énorme car j'ai rencontré Pietro Metastase un librettiste de sept ans mon aîné avec lequel j'étais amené à beaucoup travaillé...Ma carrière était lancée, il me l'a dit et j'ai été heureux mais pas seulement. J'étais singulier, je ne pouvais l'ignorer et je l'étais par une voix que ma naturelle évolution d'homme n'aurait pas permis. J'avais été l'objet d'une opération qui était un truchement. On ne m'avait retiré tout ce qui pouvait faire de moi un homme et je n'aurais pas d'enfant mais pour le reste, ma dignité était préservée. Etais-je le fruit d'une métamorphose ? Je ne correspondais pas à la définition encore qu'un homme mûr qui chante avec la voix d'un garçonnet...J'étais un être d'exception et on me traiterait avec l'ambivalence qui m'était due. Cet homme qui par certains côtés chante comme une femme mais n'en est pas une et cette femme qui s'efface devant ce chanteur emplumé et enrubanné qui se présente bien comme un homme...