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En 1714 ou en 1715 peut-être, mon père m'a conduit à Naples avec mon frère. J'étais un enfant de neuf ou dix ans et Riccardo était, lui, un jeune homme. Nous étions bruns comme on peut l'être dans le sud, voluptueux sans le savoir et sûrs d'avoir été bien formés, ce qui nous rendait un peu sots. Salvatore avait dans l'idée que le Conservatoire dei Poveri di Gesù Cristo nous accueillerait. J'avais la voix délicate d'un enfant de mon âge mais les leçons de chant que j'avais reçues l'avaient rendu bien plus pure qu'enfantine, bien plus mélodieuse qu'émouvante et d'une teneur presque irréelle. Avec la puberté, ces voix là ne sont plus qu'un souvenir pour ceux qui se sont enchantés d'eux-mêmes en enchantant les autres. Il faut faire à un deuil parfois difficile. Mais mon père et mon frère aussi, je crois bien, avaient d'autres projets. Sinon, pourquoi me confier à Nicola Popora, le maître absolu des grands castrats de Naples ? J'ai subi une opération dont je n'ai pas de souvenir. On m'avait endormi. Je ne me souviens pas à mon réveil d'avoir souffert physiquement mais j'ai assez rapidement rencontré la souffrance morale...

Porpora était un maître extraordinaire. J'ai développé grâce à lui une voix de soprano assez prodigieuse mais ai pu aussi atteindre des graves de mezzo et à l'inverse atteindre le contre ut dans les vocalises. J'étais jeune, j'avais des boucles brunes et quand je chantais, je commençais à voir que le temps s'arrêtait pour beaucoup ! Le signore Farina était un riche magistrat napolitain. Il adorait m'entendre et restait là , la tête dans les mains...

-Ambitus exceptionnel de trois octaves ! Une merveille !

Il me prit sous sa protection et, comme je devais me trouvais un nom de scène, je créais celui-ci sur le patronyme de mon généreux protecteur. Ainsi naquit...Farinelli !