pour FARRR

Salvatore, mon père, n'aimait que la musique. Il faisait partie de la noblesse de robe et à Andria,où je suis né, il avait un statut enviable. Je suis un Italien de sud car je suis né près de Bari et en même temps puisque cette partie méridionale de l'Italie était à l'époque reliée au Royaume de Naples, je suis un Napolitain...En 1705, quand je suis né, la musique emplissait la grande demeure où nous vivions et je sais que Caterina, ma mère, l'aimait aussi. Jours de l'enfance, chaleur écrasante des étés, robes claires de ma mère, fontaines et fruits d'été, rires de ma nourrice...

Riccardo avait sept ans de plus que moi. Il était un petit homme quand je n'avais pas encore à marcher et regardait sa vie à venir avec un sérieux papal. Il m'impressionnait, tout comme mon père qui souriait peu et avait souvent un air marial. En Italie, à l'époque, il n'était peut-être pas courant qu'un père voulût faire de ses deux enfants des artistes mais c'était bien ce que souhaitait Salvatore Broschi. Et qui, en entendant ce prénom qui convoquait tout ensemble la Sainte-Trinité, le paradis et le purgatoire pouvait penser qu'il n'avait pas toute sa tête ? Du reste, c'est lui qui nous dispensa nos premiers rudiments de musique. Ciel ! Que de leçons tumultueuses ! Mon père avait un vrai savoir musical mais une patience limitée. Nous étions très jeunes et il était exigeant mais nos routes étaient tracées. Il serait compositeur et moi chanteur ; Les cours européennes s’enorgueillissaient des grands musiciens qu'elles avaient à demeure et on y aimait l'opéra. En Italie, on se serait damné pour une voix hors du commun. La mienne devait impérativement l'être...