20-11-11_11-11-18-Henry-Gunther-le-dernier-mort-américain

 

 

2. Un espoir qui vacille.

Malgré tout, en 1917, Henry s'était senti mal. Le 5 avril, les Etats-Unis, son pays, était entrer en guerre. De façon abstraite, il comprenait : trop de provocations émanant de l'Allemagne, trop de freins à l'économie, des morts américains aussi. Il fallait réagir ! Et puis en Europe, la guerre s'éternisait. Les soldats n'en piuvaient plus, il y avait déjà tant de morts ! On sacrifiait, on sacrifiait encore et pour quoi en fin de compte? Maintenant que le Président s'était décidé, on en savait plus encore sur les pertes militaires et civiles, les dégats commis par les armes de guerre, les blocus, les routes martimes fermées ou dangereuses, les transports par terre compromis ou rendus impossible, comme ceux du ciel. On était vivant si peu de temps en Europe quand on était un homme jeune ! Et il y avait les femmes: les travaux de la ferme finissaient par leur incomber, elles travaillaient dans les usines d'armement, on les voyait à la guerre comme infirmières ou dans les auspices. O les suppllicait elles-aussi. Alors, cette entrée en guerre de l'Amérique, il ne pouvait que l'approuver. Ce grand pays que Dieu aimait ne saurait qu'apporter la Lumière et la Raison là où régnaient le chaos et l'horreur.

Mais il y avait un autre aspect du problème et celui-ci effrayait beaucoup Henry. Natif de juin, il aurait bientôt vingt-deux ans, ce qui signifiait on ne plus clairement qu'il était mobilisable. Rien qu'à cette idée, le cerveau du jeune homme s'obstruait. Allons, il commençait à prendre du galon dans une banque, il était un jeune homme intelligent et bien éduqué, la vie qu'il menait lui plaisait, il aimait sa famille et il avait envie de tomber amoureux et de se fiancer. Ses parents seraient contents, ses deux soeurs seraient contentes. Non, la guerre...Il n'avait quitté les Etats Unis et peu voyagé. Où ? Il n'y avait plus de front à l'est depuis le traité de Brest-Litovsk. On l'enverrait en France, alors? Mais pourquoi? Pourquoi? Ce qu'il fallait, c'est que les Américains se coordonnent, frappent fort, mettent à mal les empires centraux. On était seulement en avril; d'ici, la fin de l'année 1917, ce serait réglé, oui, ce serait réglé. Il serait un des plus fidèles supporters des soldats américains de retour du front, il les admirerait inconditionnellement. Mais qu'on lui laisse Baltimore, son travail, ses idéaux, les siens et cet amour qu'il ne manquerait pas de trouver...