HENRY

 

 

3. Dans la guerre.

Mais ça n'avait pas fonctionné comme cela; non, pas du tout. Fin 1917, la guerre ne s'était pas arrêtée. Au départ, dans ses rêveries, Henry, qui était germano-américain avait donné l'avantage à l'Allemagne. Force lui était que ses prédictions n'avaient pas été heureuse. Le Géant américain faisait du bon travail, les Russes avaient d'autres soucis mais lui, Henry, en avait un énorme : on allait le mobiliser. Il se raidissait. 

La convocation arriva, pourtant. Elle le laissa stupéfait. Il n'aimait pas la guerre mais ne pouvait pas le dire. Qui aurait dit cela?  En juillet 1918; âgé de vingt-trois ans, il débarquait en France. Le nord et l'est, il l'a compris, sont terribles; Il n'y reste plus rien d'humain. Baltimore était bien loin et Henry n'e crut pas ses yeux. Se battre, se battre, on leur répétait à ses camarades soldats et à lui qu'il le fallait. On l'avait succinctement formé pour cela. Il n'y avait pas à dire, une fois qu'on était dans la guerre, on ne pouvait plus rien contourner. Si on ne tirait pas, c'est l'ennemi qui le faisait; alors Henry tirait. On l'avait affecté au trois cent treizième bataillon de la soixante-dix neuvième division d'infanterie de l'United States Army. Il se battait, il s'embusquait, il courait, il tirait, il se repliait, il se reposait, il repartait. Il mourrait : la guerre ne finissait pas. Et puis elle était hideuse, grotesque ! Quelle confiance lui accorder? Tant de jeunes soldats américains étaient déjà morts. On pleurait dans les familles, du sud au nord et de l'est à l'ouest. Un sacrifice poyr l'Europe, ah oui, vraiment? 

Henry avait senti la colère monter au fil des mois. Il avait à haute voix par critiquer l'armée, des propos qu'il lâchait comme ça, des discussions qu'il provoquait et on s'en était rendu compte en haut lieu : on l'avait blâmé. Mais un blâme dans l'armée, ça ne permet pas de renter au pays. Dommage...

Il n'y plus de fin, jamais, on se battait encore et puis en septembre 1918, une rumeur d'armistice avait commencé à courir pour finalement se dissoudre. Tout de même, quelque chose se profilait. En octobre la rumeur s'amplifiait: le président Wilson aurait posé les conditions d'une négociation. En conséquence, l'Allemagne et l'Autriche, en difficulté, seraient contraintes de signer l'arrêt de la guerre. Henry, heureux d'être encore vivant, souhaitait que tout se fasse en hâte. Comme beaucoup de combattants, il en avait assez. L'épuisement, le découragement et la révolte avaient bien fait leur travail. Il fallait que tout cela ait un terme. Et ça avait été le cas. Le 11 novembre 1918, tout s'arrêterait. 

 Ce jour là, le trois cent treizième d’infanterie avait pris position à Chaumont-devant-Damvillers dans la Meuse. A onze heures, la guerre serait finie...