Le soleil même la nuit. Écrits de France Elle.

13 novembre 2018

AUTEL DES MORTS. Partie 2. Revoir le père.

JEUNE HOMME QUI GUETTE

Nicolas, séparé de son père, veut retrouver ce dernier à Milan...

L’idée est bien sûr de se revoir et elle va se précisant. D’autant que Gianni n’est pas avare pour parler de sa ville. Milan, c’est la capitale économique de l’Italie auprès de laquelle Rome et ses charmes méditerranéens revêtent un caractère provincial. Du reste, elle est connue pour son centre d'affaire, c'est elle et non Rome qui abrite la bourse italienne. Ses bars branchés ajoutent à la réputation d’une ville connue aussi pour le design et pour la mode dont elle est la capitale, en Italie mais aussi dans toute l'Europe. Gianni, milanais de souche, est formel. Si les touristes évitaient les stéréotypes, ils resteraient à Milan et ceci pour plusieurs raisons. D’abord, C'est un des villes italiennes de la gastronomie. La ville et sa région ont créé des plats très connus et répandus maintenant dans toute l'Italie : l'osso buco et le Panettone par exemple. On mange très bien en Lombardie et on craque très vite pour une côtelette ou un risotto à la milanaise au bon goût safrané ! Et puis marcher dans le centre historique, c’est parcourir les siècles, passant des ruines romaines aux châteaux moyenâgeux. Il n’y a vraiment pas de quoi s’ennuyer et surtout être déçu. Le dimanche, les Milanais vont sur la place du Dôme et ils remontent tout le Corso Vittorio Emmanuelle où les boutiques sont ouvertes. Tout est plein de vie. Et pour finir, Milan peut s’enorgueillir d’une des meilleures scènes de l’opéra mondial : la Scala. Quant à son musée principal, la pinacothèque, elle contient entre autres des Bellini, des Mantegna, des Raphael et des Caravage…

Tout en parlant de sa ville avec entrain, évoquant ses cafés, ses places, ces théâtres et tout ce qui peut s’y dérouler d’inattendu et de moderne, Gianni, conscient ou pas de ce qu’il fait, tisse une toile dans laquelle il attire son jeune fils. Il prend tantôt le ton d’un guide touristique tantôt celui du maître de conférences (qu’il est) ; Il est aussi à même de parler comme un quidam amateur de bons petits plats où comme un homme qui aime la mode et qui, donc, recherche les stylistes qui montent. Enfin, il est difficile de résister à son style à la fois élégant et précis. Il sait décrire. Il a le sens de l’anecdote. Et ses lettres, parfaitement tournées, sont des modèles d’éloquence. Voilà un homme qui, en français ou en italien, a le sens de la rhétorique. Il veut plaire à ce fils lointain qu’il se représente mal, les photos ne faisant pas tout mais il est loin de mesurer l’effet que ses lettres lui font. Pour l’adolescent, elles sont galvanisantes ; Aussi, gardant tout au plus profond de lui-même, il échafaude, début décembre, un plan. Il ne peut aller en Italie sans autorisation parentale mais s’il ment bien, Lydiane lui en signera une. N’est-elle pas sa représentante légale ? Il ira voir son père et pour ce faire, il prendra un train de nuit au départ de Marseille.

UNE FORME DE GIANNI

A sa mère, il dira bien sûr que l’invitation de son père est ferme et que tout un programme de visites est prévu. Milan, mais Rome aussi. Des forums impériaux, ils lui enverront des cartes postales ou peut-être des photos d’eux ! Ils iront dans les jardins de la villa Borghèse et dans les escaliers de la Trinité des monts. Ils iront voir le Colisée et la Bouche de la vérité. Gianni a organisé un petit séjour dans la ville éternelle au moment du premier de l’an. Ce seront de très belles fêtes. Auparavant bien sûr, ils auront séjourné à Milan, vu le Dôme, les principales curiosités et les beaux quartiers. Pourtant averti du caractère parfois difficile de son fils et de ses revirements cuisants (la fausse acceptation de la naissance de Claire puis le reniement de sa « nouvelle famille »), Lydiane ne comprend pas que son fils lui ment. Elle trouve magnifique que Gianni se réveille enfin et son mari, pourtant plus sagace qu’elle, pense aussi que l’invitation existe. Il craint simplement que les retrouvailles soient compliquées. Nicolas maintient le cap. Il ne dit pas  qu’il n’a pas averti son père de sa venue et qu’il compte le faire au dernier moment. En fait, il n’attendra pas la réponse, mettant son père devant le fait accompli.

A aucun moment avant que n’arrivent les vacances, Nicolas n’éprouve le moindre doute sur son projet ; Il ne s’en ouvre d’ailleurs ni à Frère Bastien, avec lequel, se sentant libre, il parle de plus en plus ni à Olivier à qui il promet de passer le trente et un décembre en famille, avec lui. Il sera toujours bien temps de leur expliquer sa décision, quand il sera revenu d’Italie.

Le vingt et un décembre, Lydiane et Vincent le conduisent à la gare Saint-Charles. La jeune femme prend un air dégagé et ne charge son fils d’aucun message. Lapierre, plus terre à terre, dit à son beau-fils d’être prudent. Les vols dans les trains sont fréquents. Le train s’en va et bien avant la frontière, Nicolas  s’assoupit. Quand il s’éveille, des mots dansent dans sa tête :

Gianni Fallacci

125 Corso Trieste

Milano


04 novembre 2018

AUTEL DES MORTS. Partie 2. Sylvia et Nicholas. Mise en garde.

 

jeune homme triste

 

Nicholas n'a pas vu son père depuis des années. Il décide d'un voyage impromptu à Milan pour le revoir. Sylvia, une jeune fille rencontrée dans un train, le met en garde contre une spontanéité excessive...

Il répète en boucle aussi le numéro de téléphone personnel de son père ainsi que celui de son bureau, à la faculté des lettres de l’université de Milan. Il doit trouver son père et s’imposer à lui. C’est aussi simple que cela. Il reste plongé un moment dans ses pensées jusqu’à ce qu’il sente sur lui le regard d’une jeune fille brune et mince. Elle est en route, comme lui, il le voit aux vêtements fonctionnels qu’elle porte et à son sac de voyage placé en hauteur. Elle est jolie et s’est maquillée les lèvres et les paupières mais elle a les traits tirés et paraît timide. Il échange quelques regards et il la voit bailler et tenter d’échapper au sommeil. Il y a deux autres personnes dans le compartiment mais ce sont des adultes et ils fument dans le couloir.

-Je m’appelle Sylvia.

Elle a de jolis yeux noisette et son français est pur. Sans savoir pourquoi, il la pensait italienne.

-Ah, vous êtes française !

-En partie.

-Moi-aussi.

Elle a un rendez-vous à Milan et se dit fébrile. Elle est très jeune mais déjà encombrée de soucis. Elle a une mère en Italie et un père en France. Ils se sont séparés depuis peu de temps car son père est un joueur invétéré. Il écume les casinos de la Côte. Au départ, il gagnait beaucoup à la roulette puis la chance lui a manqué. Depuis, les disputes ont jailli car payer ses dettes est quasiment impossible. Ils habitaient une maison qui va être saisie.

-Et tu vois, malgré cela, mes parents ne se plaisent plus mais « ils se voient ». Pourtant ma mère n’arrête pas de dire qu’elle est horriblement déçue. Il avait la baraka, tu sais. Il gagnait tout le temps et en deux soirs, il a tout perdu. Mon frère et moi, on trinque pour eux. Je vais à Milan pour convaincre ma mère de demander le divorce et de ne pas participer à sa chute. Elle est tellement naïve qu’elle ne sait pas se défendre de lui. Je suis sûre qu’elle va foncer à Nice pour le revoir, lui pardonner, pleurer…

-A Nice ? Mais le train est parti de Marseille.

-C’est-à-dire que je me suis réfugiée chez une de mes tantes, côté paternel. Mon petit frère est là aussi. Ça devenait assez fou…

Elle secoue la tête comme pour refouler ses larmes puis remonte la manche de son pullover et montre des marques sur son poignet.

-Tu vois, ça vient vite le désespoir.

Il ne comprend pas bien à quoi elle fait allusion mais son joli visage mobile s’emplit de chagrin.

-On peut rencontrer soudain une immense lassitude à côtoyer de grandes personnes qui se traitent mal après s’être adorés ; ils sont là devant toi, immergés dans leurs disputes et tu ressens une solitude pesante. Comme ils ne font plus attention à toi, un jour, tu te décides. Tu ouvres l’armoire à pharmacie et tu en retires tous les tranquillisants. Tu avales le tout et tu sombres rapidement dans l’hébétude en croyant que c’est un prélude au paradis. Tu trouves ça horrible, bien sûr, et d’un point de vue adulte, ça l’est. J’aurais vraiment voulu rester sur ces images très belles que j’avais, de départ, de dissolution…Je n’avais plus de corps, tu vois. Mais bien sûr, je n’ai pas pris les bonnes doses ou ils sont arrivés trop tôt. On m’a fait un lavage d’estomac et ils m’ont baratiné sur ma jeunesse, tous. Les médecins, les infirmières, un psychologue et mes parents, bien sûr. Ça leur a fait de l’effet, remarque, ils se sont rabibochés. Lui, il promet beaucoup…

-Et ainsi, tu vas à Milan.

-Oui. C’est la ville d’origine de ma mère. Quand elle est dans son élément, ça ne va pas trop mal. Il faut qu’elle le lâche, c’est tout.

Engoncée dans un grand pull rose pâle au col avantageux, elle devient plus dure.

-J’ai recommencé. Avec un morceau de verre cassé cette fois. J’ai vraiment failli mourir et j’aurais pu le faire si de nouveau, ils ne s’étaient tous énervés. Quand on est dans ce no man’s land qui sépare la vie de la mort, on est heureux, je te l’assure. Je n’aurais jamais voulu qu’ils m’arrachent à cette beauté, à cette quiétude. Bon, ils m’ont transfusé et envoyé me reprendre dans une maison de santé. Au moins, elle l’a quitté ! Lui, ça l’a un peu embêté tout ça car on lui a posé des questions désobligeantes mais il est inconscient de ce qu’il fait. Côté argent, plus rien n’est à lui. Il n’a plus un sou vaillant. Il lui reste le suicide mais il est trop lâche ou la prison. Il a eu divers emplois mais il détournait de l’argent.

AUTEL DES MORTS. Partie 2. Sylvia, en allant à Milan...

 

SYLVIA TRISTE

Nicholas, qui n'a pas vu depuis des années son père italien, décide brusquement de prendre le train pour Milan. Les fêtes de fin d'années approchent. Sylvia, une jeune fille rencontrée dans le train, le met en garde...Père et fils sont restés longtemps sans se voir...

Nicholas est stupéfait. Il regarde les poignets de Sylvia.

-Tu es tellement jeune !

-J’ai dix-sept ans.

-Moi, j’en ai seize.

-Ah, tu as un an de moins que moi, alors ! Toi, tu as l’air plutôt calme. Qui vas-tu voir, en Italie ?

-Mon père, à Milan.

-Parents divorcés. Tu passes Noël avec lui et le premier janvier avec ta mère ?

-Mes parents se sont séparés il y a longtemps. Ma mère s’est mariée tardivement et elle a eu une petite fille. Je suis restée longtemps sans voir mon père, onze ans en fait, puis il m’a recontacté. Nous correspondons depuis quelques temps mais, même s’il projetait de me revoir, il ne m’a pas formellement invité pour les vacances de Noël. En fait, il ne sait pas que j’arrive…

-Pour de vrai ?

-Je vais l’appeler en arrivant à la gare.

-Il habite où ?

-Corso Trieste.

-Ce n’est pas près de la gare, bien au contraire. Dis-donc, tu n’as froid aux yeux.

-Toi non plus.

-Oh moi ! Je ne cours pas un bien grand risque. Ma mère ne sera pas en forme mais ses copines ont de l’énergie à revendre. Je suis sûre que ce sera drôle. Tu vois, je ne devrais pas paraître optimiste après ce que je t’ai raconté mais c’est le cas pourtant…

Nicolas lui sourit et se rend compte qu’elle le trouble. Elle est menue et touchante et malgré les propos tristes qu’elle tient, elle a une appréhension de la vie qui le touche peut-être parce que, par deux fois, elle s’est approchée de la mort.

Elle le regarde, soucieuse.

-C’est bizarre ce que tu fais. Tu es sûr que ça ira ?

-Il le faudra bien.

-Un conseil : si tu ne peux le joindre, ne fonce chez lui. Il est marié, bien sûr.

-Il l’est et ils ont un petit garçon de cinq ans.

-Et tu déboules comme ça chez eux pour Noël ?

-Il a toujours pris les décisions tout seul ! Là, j’ai décidé.

triste

-Je ne suis pas sûre que ça le convainque. Je vais te donner le numéro de ma mère et celui du salon de coiffure où elle aide une copine. Je t’assure que pendant une semaine, on ne va pas la lâcher avec le divorce. De toute façon, au point où il en est, il tenterait bien de mettre la main sur ce qu’elle a en Italie. Et ça, il n’en est pas question. En tout cas, téléphone si ça tourne au vinaigre.

-Mais ça se passera bien.

-Si tu le dis…

Ils ne discutent plus de façon personnelle car les deux autres voyageurs sont revenus. Quand le soir descend, ils mangent les sandwiches qu’ils ont confectionnés. Nicholas regarde beaucoup Sylvia mais elle fait mine de ne pas en avoir conscience. On s’allonge pour la nuit. Nicolas rêve de sa lointaine et humiliante expédition avec sa mère, le retour s’étant révélé bien plus pesant que l’aller. Il finit cependant par ne plus rêver et s’endort, passant ce qui reste dans la nuit dans un sommeil paisible. Il devine aux bruits extérieurs que l’Italie est là. Bientôt, ils approchent de la gare de Milan et le train s’immobilise. Nicholas suit Sylvia dans la gare, comme si, soudain, tous ses repères lui échappaient. Il a enfin peur devant l’énormité de ce qu’il tente mais la jeune fille, comprenant son désarroi, pose une main sur son épaule.

-Les cabines téléphoniques sont là-bas au fond. Tu ne peux plus reculer maintenant, d’accord ? Allez, courage et garde le cap. Et joyeux Noël !

Il la regarde s’éloigner, son sac sur l’épaule. Elle se retourne encore et il sait ce qu’elle lui dit même s’il n’entend pas ses paroles.

-Appelle. Courage !

Une fois seule, il commence à prendre la mesure de ce qu’il a fait. Il n’ jamais agi de façon inconsidérée, n’a jamais pris de risques extrêmes et là, sur un coup de tête, il vient de révéler un trait de personnalité qu’il avait laissé caché…Mais il n’est plus temps de s’interroger et de s’en vouloir. Glissant une pièce dans l’appareil, il appelle d’abord au domicile de Gianni d’où lui répond une voix féminine polie. Personne n’est là. Madame est à son travail et monsieur est parti pour l’université. Quant à Vittorio, il est à l’école. Nicholas raccroche et appelle l’université. A la troisième sonnerie, Gianni décroche. Il est dans son bureau mais manifestement n’y est pas seul d’où la voix policée qu’il garde durant l’entretien.

-C’est moi, Nicholas, je suis à la gare de Milan. J’ai pris un train de nuit.

-Oh ! Ainsi tu es en Italie ! C’est que je ne peux venir te chercher maintenant car j’ai deux cours à assurer. Je ne pourrais guère avant quinze heures et il est dix heures et demie. Mets tes affaires à la consigne et visite le centre-ville en attendant. Ou alors, prends un taxi et va chez nous. Je vais appeler Lina. Elle t’installera dans la chambre d’ami et te feras un de ces petits déjeuners dont elle a le secret. Tu pourrais y aller en autobus mais c’est assez compliqué. Que préfères-tu ?

-Je vais aller chez vous.

-Ne nous attends pas avant seize heures.

La voix est chaude et agréable mais qui sait ce qui se passe vraiment dans la tête de Gianni…N’étant pas seul, il se contrôle et adopte le ton aimable d’un guide touristique…

AUTEL DES MORTS. Partie 2. Gianni, le père, à Milan !

VISAGE DU PERE

 

Arrivé sans prévenir à Milan pour y voir son père, qui a disparu des années durant, Nicolas se trouve face à un homme courtois mais fier et rusé...

 

Le taxi emporte Nicholas. L’immeuble est placé dans une rue très passante et le quartier est résidentiel. C’est un bâtiment ancien à quatre étages. L’entrée sent bon la cire à cause, sans doute, de l’escalier ancien à la rampe ouvragée. Il prend l’ascenseur et monte au troisième. Lina lui ouvre et il comprend qu’elle est en quelque sorte l’intendante de cette maison. Il pénètre dans un grand salon éclaboussé de couleurs et se prend à sourire. Canapés de cuir blanc, tables basses, rayonnage de bibliothèques, coin salle à manger plus contemporain que le reste, il est saisi. Tout est raffiné, bien agencé dans ce salon aux beaux volumes encombré de fleurs et d’objets d’art. Des livres d’art et de photographie s’empilent sur des meubles de famille. De grands tableaux évoquant l’impressionnisme ornent les murs. Nicholas ne peut qu’être séduit ; cet appartement, c’est un univers. Il suit Lina à la cuisine et celle-ci lui sert un vrai chocolat chaud avec des biscuits secs qu’elle a confectionné elle-même. Elle est peu bavarde d’abord mais dès qu’elle comprend que le jeune garçon parle italien, elle devient chaleureuse et très bavarde. Elle ne connaît pas bien la France où elle juste une cousine qui vit à Menton. Elle est allée la voir une ou deux fois mais mis à part le fait que tout le monde parlait français elle n’a pas vu de grandes différences avec la riviera italienne, qu’elle connaît bien. Elle est originaire de San Remo. Ce qu’elle fait ici ? S’occuper de cette famille. Elle ne trouve pas cela difficile de cuisiner pour eux car ils sont toujours enthousiastes. Et puis, elle adore Vittorio, qu’elle appelle un bon petit diable. Il est si actif et si gai qu’il remplit la maison d’allégresse. Content de parler avec elle à bâtons rompus, l’adolescent n’ose la déranger trop longtemps et se cantonne dans la chambre d’ami. Elle est belle et sobre, toute blanche avec des rideaux et un jeté de lit jaune à motifs. Il y découvre un téléviseur et un lecteur de K7. Qu’à cela ne tienne, il regarde Le voleur de bicyclette et Umberto D, deux films du néoréalisme italien dont il a entendu parler mais qu’il n’a pas vus. Il somnole aussi et le temps passe. Quand Gianni arrive suivi de très près par Sofia et Vittorio qu’accompagne  une fille au pair allemande, il est détendu mais ils le voient tout de suite à la façon dont ils le regardent, il est possible qu’il soit allé trop loin…Soucieux de ne provoquer aucun esclandre, c’est d’abord Sofia qui le questionne sur son voyage puis sur ses études. Elle n’est pas amicale ni chaleureuse mais elle est polie et le met en confiance. C’est une jolie italienne du nord mince mais avec des formes affirmées. Elle porte un jean avec des bottines, un pull noir à col rond qu’elle a orné d’un rang de perle et une veste façon chanel. Elle a des boucles d’oreille et elle s’est joliment fardée. Il se demande un moment quel est son parfum avant de s’arrêter sur Coco. Il le lui dit et elle rit. Tout le monde ne trouve pas aussi vite. Quant à sa veste, elle tient à rectifier l’idée de Nicholas. Ce n’est pas une contrefaçon de Chanel, c’est un cadeau de Gianni et donc un produit authentique. Le père italien de son côté évite le malaise en devisant avec son fils du contenu de leurs dernières lettres. Nicholas s’interrogeait sur sa faible connaissance de la grande littérature italienne, sur le fascisme et sur le pouvoir réel du Vatican dans l’Italie d’aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, on peut aborder ses sujets ! Et les autres aussi car l’adolescent se pose beaucoup de questions sur les limites de la démocratie dans son pays par exemple. Et ceci, sans évoquer le reste. La conversation va donc bon train jusqu’au soir, entrecoupé par les éclats de rire de Vittorio, beau petit garçon aux cheveux châtain clair dont la vitalité et la joie de vivre sont communicatives. Après un premier dîner sympathique, le ton est donné. Si Nicholas veut que tout se passe bien, il faut qu’il élude le sujet de l’abandon dont il a fait l’objet pour se tourner vers un père qui ne demande qu’à lui faire vivre un bon séjour.

Posté par merlinetviviane à 12:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

AUTEL DES MORTS. Partie 2. Gianni, historien impénitent...

  

DUOMO

 Arrivé sans prévenir à Milan pour y retrouver son père après des années de silence, Nicolas fait profl bas. C'est en écoutant l'érudit Gianni qu'il progressera....

Nicolas obtempère donc très rapidement et ne se préoccupe que de la découverte de la ville et de ses environs. Il devra, le lendemain, se débrouiller seul mais Gianni ensuite sera en vacances et alors, ils pourront parcourir la ville. Dès que celui l’est, ils le font. Il n’y a pas à dire, l’Italien connait sa ville et sait en parler.

Le peuplement de la ville est très ancien. Après avoir été la plus importante ville des Gaulois Insubres, Milan est conquise en -222 par les Romains, à la suite d'un âpre siège des consuls romains Gnæus Cornelius Scipio Calvus et Marcus Claudius Marcellus. La conquête est contrariée par l'arrivée d'Hannibal auquel la population locale doit s'allier. Evoquant le général carthaginois, Gianni, plein de fausse fureur, est inimitable. C'est seulement dans les premières années du II° siècle av. J.-C. que les Insubres sont assujettis à la domination romaine. Voilà un peuple fer qui se met difficilement dans le joug. Malgré cela, une fois la conquête définitive, la romanisation des Insubres s'avére profonde et relativement rapide, en -89 les habitants de la région obtiennent la citoyenneté latine et finalement en -49, la pleine citoyenneté romaine. Milan se développe si vite sur le plan militairepolitique et économique  qu’elle reçoit le titre de municipalité puis de colonie romaine. En 286, l'empereur Dioclétien divise l'Empire en deux parties ; la capitale de l'Empire romain d'Occident est déplacée à Milan, celle d'Orient à Nicomédie. Dès lors, la ville brille. Elle s’orne d’un grand cirque, qui est en fait un hippodrome et de thermes très majestueux. Depuis le premier siècle, Milan possède un grand amphithéâtre, le troisième du monde antique, après le Colisée de Rome et celui de Capoue. En 401, les Wisigoths assiègent la ville sans succès. Officiellement, la cour impériale reste à Milan jusqu'en 402, quand Ravenne devient la nouvelle capitale de l'Empire d'Occident.

L'empereur Constantin Ier y promulgue l'édit de Milan (313) qui légalise le culte chrétien. Avec Saint Ambroise, Milan devient un des centres les plus importants du christianisme. L'empereur Théodose Ier est obligé à la pénitence, la tête couverte de cendre, en dehors de l'église. Après cette humiliation, Théodose prendra des mesures contre les païens.

 

Posté par merlinetviviane à 12:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


AUTEL DES MORTS. Partie 2. Nicolas à Milan. Emmaüs.

 

PINACOTHEQUE BRERA MILAN

Féru d'histoire, Gianni promène dans Milan, Nicolas, son fils brutalement retrouvé...

Au Moyen-Âge, Milan est dirigée par des comtes  entre 840 et 979 puis par des Comtes-archevêques de 979 à 1100. Ce sont ensuite  des Consuls ou des Podestats impériaux qui la gouvernent. À l'époque moderne, Milan est la capitale d'un duché tenu d'abord par la famille Visconti, dont le nom figure sur les remparts du Château des Sforza. Sa dynastie tient la ville de 1263 jusqu'en 1447, puis elle cède la place à la famille Sforza après le bref intermède de gouvernement populaire de la République ambrosienne de 1447 à 1450).

Les rois de France (Valois-Orléans) revendiquant des droits dynastiques sur le duché de Milan participent aux guerres d'Italie à la Renaissance. En 1535, à la mort de François II Sforza, dernier duc de Milan, la ville passe aux mains des Espagnols de Charles Quint, puis est conquise par les Autrichiens en 1713 avant de faire partie de la République cisalpine sous Napoléon Bonaparte. En 1859Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne, qui deviendra par la suite roi d'Italie, s'empare du Milanais. La ville a donc une histoire riche que Gianni ne cesse de décliner en marchant avec son fils.

-Le dix-neuvième siècle et le Risorgimento  ont fait les beaux jours de Milan. Elle a joué un rôle politique considérable et encore aujourd’hui, il est étonnant de voir combien la Lombardie a été prépondérante dans la construction de l’Italie moderne. Le sentiment d’unité et de cohésion nationales a été plus tardif, ici. Ce pays s’est vraiment constitué comme tel en 1861. Si tu veux, c’était comme un assemblage d’états qui se mettaient à défendre les mêmes valeurs et formaient soudain une nation. N’oublie qu’à partir des invasions barbares, l’Italie n’a plus été unifiée. L’empire romain d’occident, qui était par la puissance de ses institutions et sa force armée, le garant d’un monde, a cessé d’exister. Et c’était en 476 ! L’onde de choc a été énorme et l’Italie s’est compartimentée en royaumes distincts, souvent à la merci d’envahisseurs voraces. Vous nous avez envoyé Napoléon, nous en savons quelque chose. Chaque royaume vivait en autarcie et guerroyait contre ses voisins tout en tentant de se défendre des grandes puissances et là, je pense à l’Autriche. Donc, je me répète, la conscience d’être italien est beaucoup plus tardive qu’en France ; Au travers de plusieurs guerres d’indépendance, ce pays s’est unifié et consolidé. Rome a été finalement choisie comme capitale non sans d’âpres discussion. C’était surtout le siège du Vatican et le Risorgimento n’a pas été tendre pour les états du Pape. Ses possessions ont grandement diminué. En fin de compte, Rome n’est devenue capitale de l’Italie unifiée qu’en 1871. Tu es donc dans un pays de  constitution toute récente où le sentiment national est un ciment qui a mis du temps à prendre. La maison de Savoie était toute puissante, ici et Turin était la capitale du royaume. Avec le centralisme romain, Turin s’est affaibli et Milan a pris de l’importance. Mais je m’arrête là car nous y passerions la nuit…

Ecoutant son père avec passion, Nicholas mesure l’étendue de sa culture. Comme ils se rendent à la pinacothèque Bréra, vaste musée occupant les murs d’un ancien monastère jésuite du seizième et dix-septième siècles, il reste émerveillé. Le musée est principalement axé sur la peinture religieuse, même s’il possède trente-huit salles. Qu’il s’agisse de Raphael, de Mantegna, de Véronèse, de Luca Signorelli ou de Bramante, il a une belle faconde pour présenter les œuvres, le père italien, à tel point qu’on le trouve meilleur que les guides locaux.

Nicholas ne tarde pas à voir se rassembler autour d’eux plusieurs visiteurs du musée qui souhaitent profiter des explications érudites de ‘universitaire. Quand celui-ci s’en rend compte, il se met à rire. 

emmaus BRERA MILAN

 

C’est qu’il est suffisamment intelligent pour ne pas être fat, ce bel homme au visage si latin. C’est devant Le Souper à Emmaüs, du Caravage qu’il se surpasse. Peint en 1606 et conservé à Milan, ce tableau dispose d’une seconde version, qui est à Londres. Jésus, ayant ressuscité après sa crucifixion, est réputé apparaître à deux de ses disciples mais sous d'autres traits que ceux qu'il avait jusqu'alors (en effet, il est ici représenté jeune et imberbe. Après avoir conversé avec eux le long de la route qui les mène à Emmaüs, le soir venu, tous trois s'arrêtent pour se restaurer : c'est alors le moment de la révélation traité par le tableau.

AUTEL DES MORTS. Partie 2. Avec Gianni à Milan.

 

JE VISITE MILAN

Nicolas, privé de son père parti en Italie, rejoint sans prévenir celui-ci à Milan...

-Tu étudies bien chez les Dominicains, il me semble ?

-Je suis en première dans un établissement catholique, sous contrat d’association. Nos enseignants sont des Laïcs.

-Ah, ah, les Français que vous êtes drôles avec vos relations de haine et d’amour avec l’Eglise ! Ce que je veux dire, c’est que tu côtoies des Dominicains !

-Oui.

-Bon, alors, raconte-moi Emmaüs !

-Le Christ a été crucifié et les disciples, désemparés, marchent le long d’une route. Un étranger se met à marcher avec eux. Le soir, ils dînent et lors du repas, l’étranger rompt le pain et le partage. Alors, ils reconnaissent le Christ et cesse d’être dans le désarroi.

-On va faire quelque chose de toi ! Tu te souviens, c’est dans Luc : « Pendant qu’il était à table avec eux, il prit le pain ; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. »

-Tu es religieux ?

-Assidu à l’église, non mais j’y vais assez régulièrement. Vittorio est baptisé.

-C’est bizarre, maman ne m’a jamais dit que tu étais croyant.

Gianni a un rire bref.

-Ta mère, autant que je me souvienne, n’avait jamais ouvert une Bible, conditionnée comme elle était par ses parents qui adorait la séparation de l’église et de l’état ! Elle voyait les curés comme des suppôts de Satan et pensait que j’étais athée sans doute parce que je le lui avais dit. Dans ma bouche, c’était une boutade mais elle a tout pris au pied de la lettre.

-Mes grands-parents, tu ne les aimais pas ?

-Nicholas, je n’ai pas dit cela et du reste, je ne les ai pas beaucoup vus. C’est l’image que j’ai gardé d’eux : des gens très fermés à toute vie spirituelle et qui pensaient que les bons sentiments sont l’apanage des esprits simples…Mais venons-en à cet extraordinaire tableau. Le Christ assis à table, vu de face, est entouré de deux de ses disciples, Cléophas vu de trois-quarts dos à gauche et Philippe à droite. Enfin, on suppose que c’est lui ; l'aubergiste est debout derrière à gauche, tous l'écoutent. Une coupe à fruits semble en équilibre sur le bord de la table. Il y a une sorte de dynamique dans ce tableau qui est extraordinaire, un souffle interne. La version conservée à Londres ne joue pas exactement sur la même gamme chromatique. Ici, le manteau du Christ est rouge et ce rouge illumine le tableau. Et regarde le visage du Christ et les gestes des disciples…Tout est dit.

encore MILAN

Le père et le fils regardent longuement le chef-d’œuvre puis Gianni revient à la charge.

-Tu as trouvé ce lycée privée un peu comme ça ?

-Oui mais j’ai insisté pour y aller.

-Interne à Manosque alors que ta famille est à Marseille…Bon, tu as fait tes choix. C’est un établissement d’un très bon niveau.

-Oui et c’est très apaisant.

-Donc tu as besoin d’un lieu apaisant…C’est ce que tu m’as laissé entendre, remarque…

Ils parcourent encore plusieurs salles mais le père italien n’est plus aussi disert. Il répond cependant à la moindre demande de Nicholas.

Les jours suivants sont joyeux. A l’approche de Noël, Sofia entraine l’adolescent dans des boutiques de vêtements et des parfumeries pour faire ses achats. Elle a très bon goût mais il constate qu’elle juge normal des prix effarants pour lui. De son côté, Gianni l’emmène chez Prada, dans la galerie Victor-Emmanuel. Il y achète une robe noire courte mais habillée pour sa femme et autre en lainage imprimée jaune et orange. Il demande à Nicholas d’essayer jeans, chemises, sweat- shirt et manteau divers et achète le tout sans sourciller.

-Tu m’habilles de pied en cap.

-Presque !

-Mais j’ai déjà des vêtements.

-Oui mais tu n’as aucun style. Là, tu vas commencer à en avoir un et c’est important. Ça te permet d’annoncer ta personnalité aux autres ! En ce moment, tu portes des choses vieillottes et stéréotypées, tu fais ce qu’on te dit. Réveille-toi.

Comme il revoit l’espace d’un instant le terne Lapierre, Nicholas se dit que son père à raison. Dès qu’ils sont de retour à la maison, il se change et Sofia applaudit. Le lendemain, elle fait de nouveaux achats pour lui et l’emmène chez le coiffeur. Qu’il puisse être beau n’a jamais traversé l’esprit de Nicholas mais se regardant dans un miroir, après qu’on l’ait transformé, il se trouve resplendissant. Il a le même visage ovale que Gianni et les mêmes yeux d’un bleu profond. Ses cheveux sont d’un châtain doré plus clair que ceux de son père et il se dégage de lui harmonie et douceur. Il n’avait jamais pensé à lui en termes de séduction possible à l’égard d’autrui…

 

AUTEL DES MORTS Partie 2. Nicolas à Milan.

milan a noel

Nicolas va à Milan voir un père oublieux. Celui-ci, surpris, fait pourtant son possible. 

Pour Noël, Gianni est conciliant. La veillée du vingt-quatre est familiale. Ils seront tous les quatre, iront au Dôme pour la célébration et réveillonnerons ensuite. Le vingt-cinq, il y aura un grand repas familial chez les parents de Sofia. Ils seront une vingtaine en tout, ses parents à lui étant invités ainsi que les sœurs de sa femme et leurs conjoints et sa grande sœur revenue pour une brève période de Californie. Le père italien ne biaise pas. Nicholas peut les suivre mais se sentira un peu perdu. L’autre alternative est qu’il reste seul dans l’appartement…Nicolas apprécie la veillée de Noël et la célébration dans la cathédrale mais, comme prévu, il peine à trouver sa place lors du grand repas familial. Celui-ci lui permet de mesurer l’écart qui existe entre cette grande famille plutôt chaleureuse où chacun a fait de longues études et l’univers dans lequel il a grandi. Vittorio, petit prince rieur, a de la chance…

Les jours passent de nouveau et cette fois c’est Sofia qui monte au créneau. Le trente et un décembre, ils seront avec un autre couple dans un restaurant chic avec soirée dansante. Ils ne peuvent pas l’emmener.  Nicholas ne se démonte pas et appelle Sylvia. Elle est manifestement contente de l’entendre.

-Comment ça se passe ?

-Plutôt bien.

-Ce n’était gagné ! Tu me rassures. Quand je t’ai vu te diriger vers la cabine téléphonique, je me suis demandé comment tu allais t’en tirer. Ils ont fait la gueule un peu quand même ?

-Ils font beaucoup d’efforts. C’est pour le trente et un. Je voudrais savoir si tu as un peu de temps libre.

-Le soir ?

-Euh oui.

MILAN A NOEL NOEL

-Ma mère et ses copines vont faire un karaoké géant. Elles sont vraiment folles. Tu peux venir mais là où elle habite, ce n’est pas Corso Trieste, ça, je te l’assure. Demande à ton père de te dire comment arriver jusqu’à nous !

-Tu es certaine que je ne vais pas déranger ?

-Non. Mais ce sera bruyant. Ils ont trouvé une grande salle dans le coin et ils feront un feu d’artifice dans la nuit. Apporte quelque chose de simple à manger.

Il est sidéré qu’elle lui dise oui si vite ! Gianni, quand il entend parler de Sylvia, se met à sourire.

-Tu me rassures ! Cet internat de garçons en France, c’est bien mais ça t’écarte des jeunes filles. Elles existent tout de même et de ce côté-là, tu sembles si réservé ! Ne le prends pas mal, Nicholas mais ton éducation actuelle me fait davantage penser au dix-neuvième qu’au vingtième siècle. Tu es comme enfermé et si virginal…

L’adolescent ne voit pas les choses ainsi. Le lycée Saint Joseph ne l’enferme que de façon salutaire et lui évite bien des dérives. Il y a les filles bien sûr et là-dessus, son père a raison. Elles ne sont guère que des silhouettes pour lui et il n’a que l’autoérotisme…

Le soir du trente et un venu, il regarde avec émerveillement Sofia et Gianni se parer. Elle a mis l’élégante robe noire Prada qui lui a offert à Noël et elle porte des escarpins à hauts talons. Ses cheveux sont savamment coiffés car elle est allée chez le coiffeur l’après-midi même  Elle arbore de superbes pendants d’oreille et est maquillée à ravir. De son côté, il est lui-aussi très élégant, portant un costume noir très bien coupé sur une chemise blanche de belle facture. Il porte une paire de ces chaussures italiennes qui ont fait la réputation de leur pays. Si l’on ajoute à celui son manteau noir et son écharpe en cachemire rouge, il est magnifique. Depuis qu’il est arrivé, Nicholas est fasciné par la façon qu’à son père de défendre une image ni trop élégante ni trop sérieuse. Ce qu’il porte le reflète et le met en valeur. Et pour tout dire, il est beau.

Sofia et lui chargent Nicolas de petits gâteaux sucrés et salés  préparés par Lina. C’est facile à transporter, au moins. Ils ont commandé un taxi pour l’adolescent et lui donne de quoi le payer.

-Demain, appelle pour qu’on vienne de chercher ou fais-toi expliquer comment t’approcher d’une ligne de métro. De là, on viendra te récupérer. Ton amie habite une banlieue lointaine et demain, tu auras du mal à te déplacer.

Nicholas s’en va et dès qu’il retrouve Sylvia, il se sent bien. Anna, sa mère, vit pourtant dans une HLM milanaise sans grand confort mais il y a déjà beaucoup de monde et tous s’affairent joyeusement. Plus tard, ils se rendent au local loué pour la soirée et là, le jeune homme s’amuse comme jamais il ne s’est amusé. Tout le monde se succède au karaoké qui mêle succès italiens, français et américains. Tout le monde s’en donne à cœur joie, chante, rit et discute. Il est très heureux et Sylvia, qui est sans cesse avec lui, a l’air de l’être elle-aussi. Quand, à l’aube, ils retournent dans l’appartement, il s’aperçoit qu’il va dormir dans sa chambre. Il en est ému mais il est plein de désirs et elle-aussi. Ils se dénudent et s’étreignent et il sait alors qu’on peut aimer très vite et très fort, d’une façon absolue qui rend incroyablement léger.

Elle reprendra le train comme lui. Ils se verront à Marseille. Ils se protégeront l’un l’autre. Ils s’entraideront et s’aimeront.

Nicholas retrouve Gianni et Sofia ainsi que le petit Vittorio. Le 3 janvier, il reprend le train. Sylvia est déjà dans le compartiment.

Gianni prend la parole.

-On se reverra mais on se met d’accord sur les dates. Tout s’est bien passé car tu n’as commis aucun impair mais tu dois avouer que tu nous as mis devant le fait accompli ! Les prochaines fois, je prévoirai quelque chose à Rome et il à Florence aussi et la Vénétie. Et puis, la côte amalfitaine…

-Oui, on se mettra d’accord…

-Et pour tes études, après le bac, il te faudra faire les bons choix. Nous en discuterons.

-Il le faudra.

AUTEL DES MORTS : partie 2. Se confesser...

milan

De retour de Milan, où il a revu son père, Nicolas rejoint, à Manosque, le lycée privé où il étudie. Du conflit qu'il l'oppose à sa mère, il ne pense plus que tout est si grave...Changerait-il? 

Nicholas, dans le train, ne pense qu’à Sylvia qu’il vient de retrouver. Selon lui, ce voyage à Milan a été prodigieusement chargé en rebondissements positifs. Son père l’a bien reçu et non rejeté, comme il aurait pu le faire et il a rencontré cette jeune fille triste d’abord puis joyeuse. Comme il voyage avec elle, il ressent de nouveau son abattement. Elle aurait voulu rester avec sa mère et Italie mais la situation de celle-ci n’est pas encore stable. Son père est incarcéré mais il redoute que, pour une raison ou une autre, il n’obtienne une remise de peine. Elle ne veut pas qu’il réapparaisse et les harcèle. Il a encore des droits sur son frère et elle. Sans savoir comment il fera, l’adolescent promet de l’aider et la prend dans ses bras. Il fera pour elle tout ce qu’il pourra…

De retour au lycée Saint-Joseph, il va voit frère Bastien.

-Je voudrais dire mon acte de contrition.

-Tu veux le réciter ?

-C’est nécessaire.

-Récite-le, si tu veux.

-Mon Dieu, j’ai un grand regret de vous avoir offensé parce que vous êtes infiniment bon et que le péché vous déplaît. Je prends la ferme résolution, avec le secours de votre Sainte grâce, de ne plus vous offenser et de faire pénitence.

-Bien, pourquoi veux-tu faire pénitence ?

-Je me suis imposé à mon père et à sa famille, en Italie. Il ne savait pas que j’allais venir.

-Il ne t’avait pas invité ?

-Si mais de façon informelle, sans poser vraiment de date.

-Et…ça c’est bien passé ?

-Oui.

-C’est tout ?

-J’ai menti à ma mère. Elle m’a signé une sortie du territoire car elle pensait à une invitation ferme. Je vais devoir lui dire que je me suis joué d’elle.

-Et de lui. Tu n’as pas un beau-père ?

-Je dois avouer que je ne l’aime pas. Et avec ma mère, j’ai des relations compliquées.

-Le fait que tu sois allé voir un père absent depuis longtemps mais qui a repris contact avec toi depuis plusieurs mois n’est pas répréhensible en soi mais tu es en conflit avec elle et pour de mauvaises raisons. Et c’est là que tu dois faire preuve de contrition.

MANOSQUE

-Oui mais c’est très dur. J’ai aussi rencontré une jeune fille dans le train. Je l’aime.

-Tu n’es parti que douze jours.

-C’est un fait, je l’aime.

-Il faut voir cela à l’usage du temps.

-J’irai plus souvent à Marseille dans ma famille et je la verrai elle-aussi car elle y habite.

-Bien. En ce cas, fais attention à eux : ta mère, ton beau-père.

-Vous allez me dire de réparer ce qui doit l’être ?

-C’est toi qui le dis et tu parles avec justesse.

-Je me suis confessé, là ?

-Oui, mais pas de manière formelle.

Les jours suivants, il réfléchit. Il y a quelque chose à faire avec Lydiane. Depuis l’histoire des collages, ils gardent trop leurs distances. Après tout, elle est sa mère.

Posté par merlinetviviane à 11:33 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

AUTEL DES MORTS Partie 3.

 

TROISIEME PARTIE

IRENE DANS L'ombre

 

 CALVAIRES

 

Posté par merlinetviviane à 10:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :