MAAR ET PICASSO

Et ensuite, l'histoire tant attendue ! Fin 1935, Maar est engagée comme photographe de plateau sur le film de Jean Renoir, Le Crime de monsieur Lange. À cette occasion, Paul Éluard lui présente Pablo Picasso en janvier 1936 dans le café Les Deux Magots. C'est le début d'une grande passion. L'artiste, la photographe se cabrent d'abord et le font pour séduire. Le grand artiste est fasciné. Les deux Dora s'inclinent alors devant lui. Savent-elles que c'est le Minotaure ? Il semble que non car au début, tout est bien. Ils parlent espagnol ensemble, il la trouve belle, elle peint aussi...Le Tout Paris les voit. Pensez-donc : elle photographie toutes les étapes de cet immense tableau qu'est Guernica ! Et ceci alors que tout le monde attend...

La presse fait ces délices de leurs amours. Fidèle à sa réputation, Picasso aime Dora des années durant puis se détourne d'elle. C'est qu'elle devient difficile, son caractère s'altère. Elle pleure. Il dire que, sans cesse, Picasso revoit les autres femmes qui ont été siennes et qui ont de lui des enfants. Il ferait bien de même avec Dora, malgré l'arrivée de Françoise Gilot (ou à cause d'elle) mais l'Orgueilleuse ne veut pas. Elle, elle n'a pas d'enfant à elle et contempler ceux des autres femme. Et puis, il la peint en femme qui pleure. Quel accablement !

Picasso ne veut plus. Dora s'en va, se cloître, peint, ne dit rien. Et la vie passe.

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Dora Maar ? Le rêve éveillé d'une femme souveraine, une reine sanglante, une vierge approchée mais non profanée. La réalité diffère du rêve. En guise de triomphe, Dora connaît l'amertume de l'abandon et de la solitude. Picasso, quand il parle d'elle, vante son intelligence mais il ne revient pas. Et puis plus tard, Françoise Gillot part. Elle quitte le Maître, désavoue le Minotaure. Dora est accablée. Elle subit. Françoise aussi, certainement mais elle a eu l'audace de  s'en aller...La vie continue. Dora vieillit, se cloître toujours et peint des toiles jugées toujours anecdotiques par rapport à celles de l'illustre Picasso. Sait-elle qu'après sa mort, on réalisera qu'elle-aussi savait peindre et qu'on lui rendra hommage. Peut-être pas. Dans le village du sud où elle vit, elle paraît, fugitive, à la première messe.

Dora Maar ? Le rêve d'une femme qui ne fréquente que des gens d'images et de paroles. Ces poètes, ces cinéastes, ces écrivains, ces photographes, ces peintres...Il y a si peu de femmes qu'elle en sortira grandie. Elle est si jeune qu'elle sera adulée et si brillante qu'on ne pourra l’abîmer, même dans les extrêmes du regard, quand les hommes veulent des jeux privés qui peuvent aller si loin, qu'elle les regarde et qu'ils la regardent.

Portrait fictif d'une rêveuse qui ne voudra jamais afficher son visage vieilli, son isolement, ce que les autres appellent sa déchéance. 

Portrait de Dora.

Rêve éveillé.