ETTY NOUVEAU

Etty a fait une psychothérapie avec un psychologue important à l'époque : Julius Spier. C'est lui qu'elle évoque ici.

Et tout en étant sensible à son charme viril, j'éprouvais en même temps ce sentiment : ce n'est pas tout de flirter avec les hommes, de rechercher en eux le pôle opposé. Mais : entrez, vous les hommes dans le domaine de notre âme. Nous autres femmes, nous avons une grande mission à accomplir à votre égard, je commence tout doucement à l'entrevoir et à discerner le chemin à suivre. Par le biais de notre "âme", vous allez parvenir jusqu'à la vôtre. Je ne veux pas seulement flirter avec vous et me laisser charmer par votre virilité, autrefois c'était peut être l'essentiel entre les sexes, mais à vrai dire ce sont là des choses d'intérêt secondaire, même si elles ont leur charme, charme que l'on n'a pas besoin de nier, mais il faut donner à toutes choses la place et l'espace qui lui reviennent. Mais cet autre aspect, l'aspect humain, c'est là qu'est notre mission.
16 mars 1942.

 

Le fait d'être dans la tourmente pousse Etty à la réflexion. Ici, elle se demande ce qu'une femme est pour l'homme.

C'est la mission historique de la femme, pour le temps à venir ; de montrer à l'homme la voie de son âme à lui, en passant par son âme à elle. Et la tension érotique n'est pas condamnée à disparaître pour autant, mais il s'agit de donner à toutes choses la place qui leur revient, de les ordonner. Et je crois aussi que, pour un certain temps à venir, les hommes qui joueront le rôle le plus important et le plus novateur sont ceux qui – tout en restant authentiquement hommes - ont en eux-comme S. lui-même, comme un Rilke par exemple - une part si forte de féminité qu'ils, oui qu'ils… et ici ma capacité de formulation me fait faux bond- qu'ils montrent la voie vers les régions de l'âme. Et non pas les "mâles", les Führer et autres héros en uniforme.

17 mars 1942