VOYANTE

Gianni, l'amant de Lydiane, l'a laissée en France avec leur petit garçon et vit en Italie. Lydiane ne veut pas croire à un abandon. Elle consulte une voyante...

Sidérée, Lydiane gémit de douleur. La femme poursuit.

-Vous ne pourrez rien régler avec lui pour le moment car il vous tient prisonnière. Vous l’aimez. Plus tard, vous réglerez vos comptes. Il y a un autre homme. Il n’est pas encore prêt de vous. Oh, il vous faudra attendre ! Mais, même si vous ne vous sentirez pas séduite d’emblée, il vous convaincra. Il est fiable et posé. L’opposé de l’autre. Le temps va passer. Regardez autour de vous. Vivez.

-L’argent ?

-Du premier homme, vous en aurez. De ce côté-là, il ne vous décevra pas. De l’autre, vous en aurez aussi mais vous aurez changé. Vous préférerez ne compter que sur vous-même.

-Mais tous mes efforts !

-Ils vous serviront. On ne fait jamais rien pour rien. Seulement, l’orientation que prend une vie est parfois différente des rêves premiers. Soyez confiante !

Elle l’est mais en veut à la voyante d’une franchisse qu’elle juge excessive. Choquée, elle continue de demander à Gianni des comptes qu’il ne lui rend pas.

A quelques semaines de là, elle rencontre André Lavergne, employé de caisse d’épargne et le séduit. Il a en effet l’air fiable. Par contre, physiquement, il est disgracieux car il est très grand et paraît efflanqué. En outre, il accuse un début de calvitie et porte de grosses lunettes de myope. Nicolas, qui se réveille de très bonne heure un matin, se heurte à une porte fermée quand il veut voir sa mère. Il tape sur la paroi de bois de ses petits poings quand il voit apparaître, dans l’encadrement de la porte, un homme très mince et assez laid, qui porte un pyjama bleu foncé.

-C’est que ta maman dort encore ?

-Vous êtes qui ?

-L’ami de ta maman !

-Je ne sais pas, je ne sais rien !

-Si !

-Je ne t’aime pas.

André ne relève pas et, bon prince, achète de belles tenues à la mère et à l’enfant. Il se comporte en chevalier servant d’une politesse imparable et, il le remarque, sa mère est sensible à tant d’attention. Il est encore petit, lui, Nicolas et il ne peut pas dire que cet homme soit antipathique, seulement, il ne l’aime pas. Ce n’est pas son papa. Grand-mère Martine vient à la maison faire une scène car elle ne comprend pas Lydiane. Cet homme, elle devrait le voir en cachette et ne pas brûler les étapes. Elle s’adoucit tout de même quand sa fille s’effondre et se dit si seule. Après tout, elle s’est entichée de cet Italien et depuis qu’il va et vient, c’est le premier écart qu’elle commette.  

VOYANCE

Elle est encore très jeune, après tout. En fin de compte, elle recommande à sa fille une grande prudence. Elle n’a pas confiance en son presque beau-fils. Qui sait ce qu’il ferait s’il apprenait cet écart ! Lydiane comprend, maintient sa liaison cachée, ment à son petit garçon pour l’apaiser et finalement dit son fait à André. Elle est encore bien trop engagée auprès d’un autre homme pour pouvoir envisager un quelconque avenir avec quiconque. En tant qu’homme, elle respecte André mais elle se doit de lui dire la vérité : elle ne peut l’aimer. Celui-ci, si doux à l’habitude, regimbe :

-La vie ce n’est pas un roman ! Tout est ni noir ni blanc. Tu devrais réfléchir.

-Je ne suis pas d’accord. Ma vie a les couleurs de l’Italie : blanc, rouge, vert…Je n’y peux rien !

Bon prince, il ne reprend pas ses cadeaux, ceux du moins dont elle ouvert les paquets. Pour les autres, il les laisse tel quel chez lui. Quelle garce !

N’en pouvant plus, elle appelle Gianni, pleure, crie, dit tout et annonce sa venue. Il ne se fâche pas du tout.

-Tu veux venir en Italie ? Tu auras mis le temps. Oui, viens. S’expliquer face à face, ce sera le mieux.

-On s’expliquera ? Toi et moi ? Tu recules toujours.

-Pas cette fois. Viens. Emmène Nicolas.