désenvoutement

 

Après avoir été des années durant hantée par une femme fantomatique, héroïne d'un livre, Julie, jeune épouse et mère de famille comblée, est enfin délivrée...

Suffoqué, Bertrand hésite. Il voudrait maintenant lire ce livre qui a éclaté en divers morceaux. Ne comprenant pas ce que je veux faire avec ce cercueil, il me laisse faire mais envoie Voahangy et les filles à l'hôtel. Je reste donc seule dans la maison avec le gardien, le cuisinier et mon mari que cette situation fait osciller entre la colère et la consternation. Je dors dans le garage à côté du cercueil. Il faut des jours et des jours avant que Flore Archangeli ne daigne s'en approcher. Elle est cette fois accompagnée d'un petit homme chafouin que je mets du temps à identifier. C'est Odilon Tilson. Il a l'air d'un vieux mage démoniaque. J'implore Flore de s'allonger dans le cercueil et l'assure que je la quitterai pas tant qu'elle ne sera pas morte. Elle semble très anxieuse d'abord mais comme je prends ses mains dans les miennes et me mets à chanter des louanges, elle ferme les yeux. Peu à peu, elle entre dans l'éternité. Dehors, je le sais, les employés malgaches intercèdent auprès de leurs ancêtres pour que cet esprit cesse de m'interpeler. Voahangy, je le sens, agit aussi dans son coin. Il faut cinq à six heures pour nos efforts conjoints permmettent à Flore Lesueur de se figer dans la mort. Son visage est paisible. Il reste Donatien qui refuse de se montrer pour éviter sans doute que je m'en prenne à lui.  J'emplis mon esprit de lui, cet homme indigne et lutte silencieusement. Je suis la plus forte. Le mari assassin expiera son crime. Une page du livre sera réécrite et il y apparaîtra comme coupable. Le mari jaloux, l'empoisonneur, l'être vil seront confondus...

Me tournant vers Tilson qui a observé toute la scène, je le montre du doigt. Son enveloppe corporelle se dissout peu à peu comme si l'invisible s'emparait d'elle. Le cercueil lui-aussi se volatilise.

Au sortir du garage, je me rends compte cependant que mon entourage a peur. Je suis très pâle, mes cheveux sont défaits et emmêlés et j'ai les yeux rougis comme si je n'avais cessé de pleurer. Je m'approche de Bertrand qui tremble de tous ses membres et lui dis que tout est fini. Regagnant notre chambfre, j'y dors sans fin. A mon réveil, tout le monde est là. J'ai bonne mine et suis volubile. Je prends un bain et passe une belle robe. Au diner, tout semble normal à ceci près que mon mari et mes filles ne me quittent pas des yeux.

-Une femme me hantait mais elle m'a quittée. Des mois et des mois de tractation ont été nécessaires mais c'est bien fini. Ce livre ne doit plus jamais reparaître dans cette maison et ces protagonistes ne sont pas les bienvenues. Son auteur peut dormir en paix. Tout est résolu.

Les regards s'entrecroisent et je suis observée. La paix mettra beaucoup de temps à revenir, j'en ai conscience mais j'ai gagné. Je suis sauve. Mes proches le sont.

Tout ira bien. Je veux en être sûre...

J'ai bien dit : "Je veux".

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