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Julie, encore jeune, découvre un livre qui la passionne. L'héroïne en est Flore Archangeli, une jeune femme qui, à Paris, au milieu du dix-neuvième siècle, écrit des lettres pour les autres...
Flore Arcangeli continua donc de travailler pour des analphabètes auxquels elle donnait la parole...Elle s'arrangeait de sa vie et de son milieu, ne se doutant pas que sa réputation finirait par la devancer...

Elle en arriva donc à faire la connaissance de Michel Espagnac, une homme d'une quarantaine d'années dont la profession était celle d'éditeur. Il avait entendu parler d'une jeune femme qui, chez elle, écrivait pour autrui de fort belles lettres d'amour et savait que se rendait désormais chez elle, dans le neuvième, une clientèle de plus en plus fournie. Cette femme, dont il ne savait rien, l'intriguait. A l'habitude, c'était un homme qui vendait ses services comme écrivain public. A sa connaissance, aucune femme n'avait jamais brigué cet emploi autour de lui. De plus, non contente d'exercer cette fonction théoriquement réservée aux hommes, cette Flore avait du talent. En effet,  s'il paraissait normal que des amoureux illettrés passent par elle pour contrer leur ignorance, il était plus surprenant que des personnes éduquées fassent de même !
C'était un de ses amis qui, intrigué par la réputation de Flore, était allée la voir en omettant bien sûr de lui signaler qu'il savait lire et écrire. Il avait pris, pour la duper, l'apparence d'un ouvrier et elle ne parut pas remarquer ses mains blanches et ses manières qui étaient un peu trop raffinées. S'étant enquis du caractère de la maîtresse de cet homme, Flore avait écrit pour elle une lettre de réconciliation si pertinente qu'il en était resté pantois. Il n'aurait pas fait mieux lui-même...Continuant de mentir, il avait sollicité Flore plusieurs fois avant de baisser le masque. Elle avait un talent si stupéfiant que l'amante, qui n'y voyait que du feu, en était ravie !
Flore fut mécontente d'avoir été dupée mais en même temps, elle fut flattée. Un monsieur bien comme il faut qui lui faisait de tels compliments ! La route était ouverte pour Michel Espargnac, qui ne biaisa pas. Il ne voulait pas mentir en se disant ignorant, sachant qu'elle ne l'aurait pas cru. Il lui offrait de coucher sur le papier des lettres qu'elle avait déjà écrite et remise à leurs "propriétaires". Il en ferait un recueil où se déclineraient tous les stades de l'amour : le premier choc et l'éblouissement, la plénitude, le désarroi devant la tromperie, l'élan malgré la distance, la passion renaissante...Elle avait traité tous ses thèmes avec maestria. Rassemblés en un recueil, ils dessineraient les portraits de ceux qui aiment mais ne savent écrire pour le dire. Voilà qui était infiniment original et inattendu car, enfin, qui s'attendait à ce que ces "muets de l'écriture" aient tant à dire !
Flore fut suffoquée mais elle fut séduite aussi. Elle eut peur bien sûr que ceux pour qui elle avait écrit ses lettres ne le prennent mal mais Michel l'aida à travestir ses lettres de telle façon qu'elles ne soient plus aisément identifiables. Il lui en fit rédiger d'autres qui, pour le plus grand nombre, étaient fictives. Elle n'avait en effet jamais eu à faire à une mére voulant renouer avec un fils en colère ou encore à un frère aîné se souciant d'une soeur qui ne se manifestait plus. Elle ignorait le père prêt à accueillir un fils égaré ou à pardonner à une fille qui l'aurait deshonnoré...Elle devait tenir compte d'eux afin que ses lettres présente des relations affectives un tableau d'autant plus complet qu'il n'était pas uniquement amoureux...