RUE POSSSSSSSSSSSSIBLE

Jean-Pierre, né en 1932, est enfant sous l'occupation. Curieusement, celle-ci ne lui semble pas rebutante.

Mais me direz-vous, qu'êtes-vous en train de lire ?

L'amorce d'une rubrique nécrologique ? Non, pas du tout. Je vis seul de toute façon et je n'irai pas dans une de ces maisons. La vie m'a doté d'une santé solide ; je suis vieillissant mais valide même si je ne cours pas aussi vite qu'autrefois !

Non, je n'aime pas l'ambiance du premier janvier car c'est une fête convenue. On mange beaucoup, on se force à sourire. Les lumières dans les maisons sont faussement chaleureuses et celles de l'extérieur, froides. Et ces guirlandes ! Et ces cadeaux ! Et ces souhaits forcés !

Bref, un désamour qui dure depuis longtemps.

Le premier janvier est lié pour moi à un autre événement : celui de ma naissance.

Là, dans les premières années de ma vie, j'ai été content comme si l'ambiance créée autour de mon enfance était si positive et lumineuse qu'elle faisait reculer l'atmosphère artificiellement gaie du Nouvel an. 

Il ne faudrait pas grandir. Mes parents étaient désargentés mais très soucieux du bonheur de leurs enfants. J'ai grandi à une époque où faire des cadeaux n'impliquaient pas d'être indécents et où avec peu de choses , on rendait heureux un garçonnet. Je suis né en 1932, ne l'oubliez pas !J'ai eu des billes, une ardoise, des porte-plumes et des petits soldats. J'ai eu un petit vélo aussi. Le gâteau était très grand car on était nombreux. Et je me souviens je ne sais pourquoi qu'on nous donnait ce jour là des boissons avec de jolies couleurs. Ce n'était à proprement parler que de l'eau colorée mais ce qui était touchant et séduisant, c'était l'idée de créer la fête avec peu de moyens et d'y parvenir.